Vous venez d'être cambriolé
Refermer un logement forcé, le soir même
Une porte éclatée, et la nuit qui arrive. Ce qui se fait le jour même, ce que l'assurance peut prendre en charge, et la question à ne pas se tromper de poser.
Par JM, ancien gendarme, OPJ et correspondant sûreté Relu en
Mis à jour le
Il est dix-huit heures, les constatations sont faites, votre porte ne ferme plus et la nuit arrive. C’est la partie de la journée dont personne ne parle, et il y a trois décisions à prendre dans le bon ordre.
Avant tout, photographiez
Rien ne se répare avant d’avoir été photographié. Une fois le serrurier passé, la preuve de l’effraction n’existe plus, et c’est une pièce que votre assureur vous demandera.
Prenez, avec votre téléphone, sans rien déplacer :
- la porte ou la fenêtre forcée, de loin puis de près ;
- le bâti, les gâches, l’huisserie, les traces d’outil ;
- le vitrage brisé, avec le verre au sol ;
- le désordre intérieur, pièce par pièce ;
- le point d’entrée vu de l’extérieur, avec ce qui a servi à y accéder — une poubelle, un salon de jardin, une échelle.
Gardez ensuite le devis, la facture et, si on vous les laisse, les pièces remplacées.
Le premier numéro à appeler n’est pas celui d’un serrurier
C’est celui de l’assistance de votre contrat d’assurance habitation. Il figure sur votre attestation, sur votre application, ou au dos de votre carte.
Pourquoi dans cet ordre : selon vos garanties, l’intervention d’urgence peut être organisée et prise en charge, et vous n’avez alors pas à choisir un prestataire vous-même. Même quand la prise en charge est partielle, la question se pose infiniment mieux avant la facture qu’après.
Le réflexe inverse — chercher un serrurier en ligne dans l’heure qui suit — est celui qui coûte le plus cher, et c’est le moment de la journée où vous négociez le plus mal.
Sur ce sujet, je dois être honnête, parce que la plupart des sites racontent l’inverse.
Constaté sur le terrain
Les arnaques au serrurier d’urgence, je n’en ai jamais traité personnellement. Aucun dossier de ce type n’est passé entre mes mains.
Ce que je vous écris ici n’est donc pas « j’en ai vu ». C’est plus simple, et vous pouvez le vérifier sans moi : à dix-huit heures, la porte ouverte, vous n’êtes pas en état de comparer trois devis, et c’est vrai du bon serrurier comme du mauvais. La précaution qui suit ne suppose personne de malhonnête. Elle suppose seulement que ce n’est pas ce soir-là qu’on décide bien.
Si vous devez malgré tout appeler vous-même, demandez avant l’intervention :
- le prix du déplacement ;
- le prix de la main-d’œuvre, et à quel tarif horaire ;
- le prix du remplacement envisagé, pièce par pièce ;
- un devis écrit, ou un message qui récapitule les trois.
Et refusez le remplacement complet d’une porte décidé sur le pas de la porte.
Ce que vous avez peut-être déjà payé
Un mot pour ceux qui ont un contrat de télésurveillance, ou une assistance dans leur assurance habitation. Deux garanties comptent ce soir-là, et elles ne coûtent rien de plus que ce que vous payez déjà tous les mois :
- une période de vigilance renforcée après un sinistre, de l’ordre de quarante-huit heures, avec selon les contrats le passage d’un agent ;
- le relogement quand personne ne peut refermer le jour même — si aucun serrurier n’intervient à temps, certains contrats prennent en charge la nuit ailleurs plutôt que de vous laisser derrière une porte ouverte.
Aucune des deux ne se déclenche toute seule. Il faut appeler pour les demander, et appeler avant de faire intervenir quelqu’un. C’est la réponse la plus concrète à la question « qu’est-ce que je peux faire ce soir qui ne me coûte rien » : commencer par réclamer ce qui est déjà dans votre contrat.
Ce qui a cédé n’est pas forcément la serrure
Voici le point technique le plus utile de cette page.
Sur les portes à trois points que j’ai constatées, ce n’était pas le cylindre qui avait lâché : c’était le bois du bâti qui avait explosé, parfois sur toute la hauteur. La serrure était intacte, sur une porte qui ne fermait plus rien.
La conséquence est concrète, et elle vaut de l’argent : faire remplacer la serrure en laissant le bâti tel quel vous laisse exactement là où vous étiez. Demandez au serrurier de vous montrer ce qui a cédé, et faites traiter ça.
Les trois options du jour même, par ordre de préférence :
- remplacement ou réparation de ce qui a cédé, bâti compris, avec des gâches et des pattes de fixation dignes de ce nom ;
- condamnation provisoire — une planche vissée dans le dormant, un tasseau en travers, du contreplaqué sur un vitrage, un point de blocage intérieur sur l’ouvrant concerné ;
- neutralisation de l’ouverture si vous pouvez vivre sans elle quelques jours : une porte de service, une fenêtre de cellier.
Le détail du renforcement, quand vous serez passé à l’après, est sur sécuriser sa porte d’entrée et le meilleur cylindre de serrure.
Cela vaut particulièrement ce soir-là : une condamnation improvisée, vissée en urgence sur la seule porte du rez-de-chaussée, est exactement le genre de bricolage qui se retourne contre vous.
Si vos clés ont disparu
Le cylindre change. Sans discussion, même si l’entrée s’est faite par une fenêtre, même si vous pensez qu’ils les ont prises par erreur.
Le raisonnement tient en une phrase : des clés de chez vous circulent dehors, et votre porte les reconnaît.
Vérifiez au passage ce qui se trouvait sur le même porte-clés — clé de boîte aux lettres, de local à vélos, de portail, de garage, de résidence secondaire — et faites le tour de tout ce que cette poignée de métal ouvre encore.
Faut-il changer le cylindre à tous les coups ?
Non. Et c’est une réponse qu’on vous donne rarement, parce qu’un cylindre neuf se vend très bien un soir de cambriolage.
Je ne conseillais le changement que dans deux cas :
- les clés ont disparu — celui du dessus, et il ne se discute pas ;
- le cylindre est abîmé — percé, cassé, arraché, tordu, ou devenu dur à tourner depuis l’effraction.
En dehors de ces deux cas, un cylindre intact reste un cylindre intact. Si l’entrée s’est faite par une fenêtre de derrière et que vos clés sont dans votre poche, la serrure de la porte d’entrée n’a rien à se reprocher : l’argent du cylindre est mieux placé sur l’ouverture qui a réellement cédé.
Un cylindre attaqué qui a tenu entre tout de même dans le second cas. S’il accroche, s’il faut s’y reprendre à deux fois pour tourner la clé, il se change — non plus pour la sécurité, mais pour ne pas rester dehors un soir.
Si vous ne pouvez pas dormir là
Matériellement, une fois l’ouverture refermée, vous pouvez rester. Ce n’est pas la vraie question.
Une intrusion chez soi n’est pas une perte matérielle, c’est autre chose, et les personnes les plus affectées ne sont pas celles qui ont perdu le plus. Si vous sentez que vous ne dormirez pas, allez ailleurs ce soir. Chez un proche, à l’hôtel — et reposez la question du relogement à votre assistance, surtout si personne n’a pu refermer aujourd’hui : c’est exactement le cas que certains contrats prennent en charge.
Ce n’est pas un aveu de faiblesse. C’est une nuit de moins passée assis dans le noir à écouter la maison.
Si vous partez, refermez tout de même l’ouverture, ou faites-la condamner : un logement vide et ouvert, c’est la seule configuration à éviter.
Est-ce qu’ils reviennent ?
C’est la question qu’on me posait le plus, et je ne vais pas m’en servir pour vous faire peur.
Constaté sur le terrain
On me demandait presque systématiquement si les auteurs allaient revenir. C’est possible, mais ce n’est pas quelque chose que j’ai souvent constaté pour ma part.
Je ne vous dirai donc pas de refermer ce soir parce qu’ils vont revenir. Je vous dis de refermer ce soir parce qu’une ouverture forcée reste une ouverture forcée, et qu’elle se voit depuis la rue. Il n’y a plus rien entre votre logement et le trottoir : ça suffit comme raison, et c’est une raison vraie.
Ce qui attend demain, et pas ce soir
Trois choses, dans l’ordre, et aucune n’est urgente cette nuit.
La déclaration à l’assureur, dans les deux jours ouvrés — le délai court déjà. Voir l’assurance habitation et le vol.
La liste de ce qui manque, qui se complétera pendant des semaines et c’est normal.
Le tour de votre logement par l’extérieur, pour trouver non pas le point utilisé — vous le connaissez maintenant — mais ceux qui sont restés disponibles. Pas ce soir. Mais ne laissez pas passer trop longtemps : le bon point de départ n’est pas un achat, c’est ce tour-là. Voir ce qui se joue avant la porte.
Pour aller plus loin
- Vous venez d’être cambriolé — les gestes dans l’ordre depuis le début
- L’assurance habitation et le vol — la prise en charge, et le délai de deux jours
- Sécuriser sa porte d’entrée — le bâti, la serrure, le cylindre
- Protéger sa maison avec 500 € — l’ordre des achats, quand vous y serez
Les réponses à vos questions
Faut-il appeler un serrurier d'urgence ou son assurance en premier ?
Son assurance. Beaucoup de contrats prévoient une assistance qui organise et prend en charge l'intervention d'urgence, et la question de la prise en charge se pose infiniment mieux avant la facture qu'après. Le réflexe inverse — chercher un serrurier en ligne dans l'heure qui suit, en état de choc — est celui qui coûte le plus cher, et c'est exactement le moment où l'on négocie le moins bien. Je précise que je n'ai jamais traité personnellement d'arnaque au serrurier d'urgence : ce conseil ne repose pas sur un dossier que j'aurais vu, mais sur le simple fait qu'on ne compare pas trois devis à dix-huit heures, la porte ouverte.
Faut-il changer le cylindre après un cambriolage ?
Pas à tous les coups, contrairement à ce qu'on entend souvent. Je ne le conseillais que dans deux cas : quand les clés ont été emportées, et alors le changement ne se discute pas, même si l'entrée s'est faite par une fenêtre, puisque des clés de chez vous circulent dehors ; et quand le cylindre lui-même est abîmé, percé, cassé, arraché, ou devenu dur à tourner depuis l'effraction. En dehors de ces deux cas, un cylindre intact reste un cylindre intact, et l'argent est mieux placé sur l'ouverture qui a réellement cédé. Sur une porte forcée, ce qu'il faut remplacer en priorité, c'est souvent le bâti plutôt que la serrure.
Est-ce que les cambrioleurs reviennent ?
C'est la question qu'on me posait le plus souvent, et je préfère y répondre honnêtement : c'est possible, mais je ne l'ai pas souvent constaté. Je ne vais donc pas vous vendre la peur d'un retour pour vous convaincre de refermer ce soir. La raison de refermer est plus simple : une ouverture forcée reste une ouverture forcée, et elle est visible de la rue. Ce n'est pas une prédiction sur leur retour, c'est le constat qu'il n'y a plus rien entre votre logement et le trottoir.
Que faire si on ne peut pas faire réparer le jour même ?
Une condamnation provisoire tient une nuit : une planche vissée dans le dormant, un tasseau en travers, un point de blocage intérieur sur l'ouvrant concerné, du contreplaqué sur un vitrage cassé. Ce n'est pas élégant et ce n'est pas une protection, c'est un obstacle et une fermeture. Prenez une photo de l'état d'origine avant, elle vous servira pour l'assurance, et prévoyez la vraie réparation dans les jours qui suivent plutôt que dans les mois.
L'assurance prend-elle en charge la mise en sécurité d'urgence ?
Cela dépend de vos garanties, et c'est la réponse honnête. Beaucoup de contrats prévoient une intervention d'urgence, une avance de frais ou un gardiennage temporaire après sinistre ; certains contrats de télésurveillance ouvrent de leur côté une période de vigilance renforcée, de l'ordre de quarante-huit heures, après un événement, parfois avec le passage d'un agent ; et certains prévoient le relogement quand aucun serrurier ne peut refermer le jour même. Ces garanties-là ne coûtent rien de plus que votre cotisation, mais aucune ne se déclenche toute seule : il faut appeler pour les demander, et appeler avant de faire intervenir quelqu'un. Rien de tout cela n'est général : le seul document qui répond est le vôtre, et le numéro d'assistance figure dessus.
Peut-on dormir chez soi le soir d'un cambriolage ?
Matériellement, dès que l'ouverture est refermée, oui. Mais la vraie question n'est pas matérielle. Une intrusion chez soi n'est pas une perte d'objets, et les gens les plus affectés ne sont pas ceux qui ont perdu le plus. Si vous sentez que vous ne dormirez pas, allez ailleurs ce soir : chez un proche, à l'hôtel — demandez à votre assistance si votre contrat prévoit un relogement, certains le prennent en charge quand aucun serrurier ne peut refermer le jour même. Ce n'est pas une faiblesse, c'est une nuit de moins à ne pas passer assis dans le noir à écouter la maison.
Sources
- Cambriolage : réagir et limiter les risques
- Article L113-2 du Code des assurances — déclaration du sinistre