Abords et dépendances
Ce qui se joue avant la porte
Le choix de la maison se fait depuis la rue, et l'échelle qui sert à monter est souvent la vôtre. Ce qu'il faut regarder dehors avant d'acheter quoi que ce soit.
Par JM, ancien gendarme, OPJ et correspondant sûreté Relu en
Mis à jour le
On imagine que tout se joue à la porte. En réalité, la décision est prise avant : elle se prend depuis la rue, souvent sans que personne ne descende de voiture.
Le logement se choisit avant l’ouverture, mais pas comme on l’imagine
C’est la nuance que le secteur escamote. On lit partout qu’un cambrioleur ne choisit pas une maison mais une ouverture. C’est faux au premier tiers : l’étude de l’ONDRP distingue bien une étape de ciblage d’une étape d’entrée, et elles n’obéissent pas aux mêmes critères. Tout ce que vous ferez à l’intérieur agit sur la seconde. Ce que vous faites dehors agit sur la première.
Mais il faut corriger tout de suite l’image que ce mot de « ciblage » installe, parce qu’elle est fausse et qu’elle est partout.
Sur mon secteur, je n’ai eu que des cambriolages d’opportunité, ou des séries. Je n’ai pas eu de mis en cause ayant fait du repérage : pas de tournée d’observation, pas de maison suivie pendant des jours. Ce qui désignait une maison, c’était une baie vitrée facilement accessible à l’arrière, une porte ou une fenêtre restée ouverte. Le choix se fait en quelques secondes depuis la rue, pas en une semaine de préparation.
Cela ne rend pas les abords moins importants, au contraire : si la décision se prend en quelques secondes, tout se joue sur ce qui se voit en quelques secondes. Mais cela veut dire que vous n’avez pas à vous défendre contre un professionnel qui étudie votre maison. Vous avez à ne pas être le logement le plus simple de la rue.
L’outillage qui sert à entrer est souvent le vôtre
Commençons par le plus simple, parce qu’il ne coûte rien.
D’après l’INSEE, 18 % des ménages cambriolés le sont par escalade. Et on n’escalade pas souvent à mains nues.
Faites le tour de votre terrain et regardez ce qui traîne :
| Ce qui traîne | Ce que ça permet |
|---|---|
| Échelle, escabeau | Atteindre un premier étage, un balcon, une fenêtre de toit |
| Mobilier de jardin sous une fenêtre | La même chose, en moins évident |
| Poubelle à roulettes contre un mur | La même chose encore |
| Disqueuse, meuleuse, perceuse | Venir à bout d’un cadenas, d’une barre, de barreaux |
| Pied-de-biche, barre à mine, marteau | Faire levier sur une porte ou un volet |
| Tas de parpaings, pierres de bordure | Casser un vitrage quand tout le reste a échoué |
Un abri de jardin fermé par un cadenas sérieux, un garage tenu fermé, et du mobilier qui ne dort pas sous une fenêtre : vous venez de retirer l’essentiel de la boîte à outils, sans rien acheter.
Le composteur et le local poubelle comptent aussi. Ce qui permet de monter vaut ce qui permet de forcer.
Le détail est sur l’abri de jardin et les outils : ce qu’un abri contient réellement, ce qui en part, et pourquoi l’échelle est le seul objet de cette liste qui mérite un traitement à part.
Le garage est une pièce de la maison
Dès qu’un garage communique avec le logement, il en fait partie. Et sa porte extérieure est presque toujours plus faible que la porte d’entrée.
Une basculante se soulève quand le mécanisme n’a pas de point de verrouillage latéral. Une sectionnelle se manœuvre depuis l’extérieur sur certains modèles. Et une fois à l’intérieur, on est à l’abri des regards, on a de la lumière, et on dispose de tout ce qui est rangé là.
Trois points à regarder, dans cet ordre :
- La porte de communication garage-maison. Elle mérite au moins le niveau de la porte d’entrée. C’est souvent une porte intérieure légère avec un pêne demi-tour, et c’est le maillon le plus faible de beaucoup de maisons.
- Le verrouillage latéral de la porte de garage. Un point de blocage au sol ou un verrou latéral change tout sur une basculante.
- Ce qui est visible par la fenêtre du garage, quand il y en a une. Un vélo de valeur ou de l’outillage professionnel visible depuis la rue sont un argument, pas un détail.
Chacun de ces trois points est repris en détail sur sécuriser son garage, avec ce que coûte le verrouillage latéral et ce qu’il faut faire de la télécommande de portail.
Clôture, portail, haie : se protéger sans se cacher
C’est le seul arbitrage vraiment contre-intuitif de cette page, et c’est celui sur lequel on se trompe le plus.
Une haie de deux mètres vous met à l’abri du regard des passants. Elle met aussi à l’abri du regard des passants celui qui travaille sur votre fenêtre de plain-pied. Le confort que vous gagnez, il le gagne aussi.
Cela ne veut pas dire qu’il faut vivre en vitrine. Cela veut dire qu’il faut choisir où l’on se cache :
- gardez, depuis la rue, au moins un angle de vue sur les ouvertures accessibles de plain-pied ;
- portez la hauteur et l’opacité sur les côtés et le fond, pas sur la façade ;
- préférez une clôture ajourée à un panneau plein quand elle borde la rue ;
- taillez. Une haie qui déborde dit surtout que personne ne s’en occupe depuis longtemps.
Le portail relève du même raisonnement. Un portail d’un mètre cinquante ne retarde personne, et personne ne prétend le contraire. Ce qu’il fait, c’est rendre le franchissement visible et volontaire — celui qui l’enjambe ne peut plus dire qu’il s’est trompé d’adresse, et celui qui le voit faire le comprend immédiatement. C’est de la lisibilité, pas de la résistance.
Le choix du matériel — clôture ajourée ou panneau plein, hauteur de haie, portail plein ou à barreaux, et ce que valent les panneaux « chien méchant » — est traité sur portail, clôture et haie.
L’éclairage extérieur
Il faut être honnête sur ce qu’on sait et sur ce qu’on ne sait pas. Je n’ai pas de mesure de l’effet d’un éclairage à détecteur, et les chiffres qui circulent sur ce sujet ne renvoient à rien de vérifiable.
Ce qu’on peut dire tient en deux observations.
Une lumière qui s’allume brutalement ne fait pas fuir par elle-même. Elle attire le regard — celui d’un voisin, d’un passant, d’un véhicule qui remonte la rue. Et c’est le regard qui compte.
Un détecteur mal réglé s’annule tout seul. S’il se déclenche à chaque chat et à chaque branche, les voisins cessent d’y prêter attention en quelques semaines, et vous avez installé une lampe. Réglez la portée sur le passage utile, pas au maximum.
Le réglage, l’arbitrage entre détecteur et éclairage permanent, et la place que je donnerais à cette dépense sont sur l’éclairage extérieur à détecteur.
Le voisin qui se déplace : une fois, et je n’en fais pas une règle
Beaucoup de sites bâtissent un chapitre entier sur le voisinage vigilant. Je ne peux pas, et je préfère vous dire pourquoi.
Constaté sur le terrain
Un cambriolage interrompu parce qu’un voisin avait entendu quelque chose et s’était déplacé, je l’ai vu une fois, dans une enquête. Une fois. Je ne vais pas en faire une généralité.
Un cas est un cas. Il montre que la chose est possible, il ne dit rien de sa fréquence, et j’aurais tort de vous laisser croire le contraire.
Ce qui est mesuré, lui, existe : l’étude de l’ONDRP observe une probabilité d’intrusion inférieure de 55 % quand une personne est présente dans le logement. Ce n’est pas la même chose qu’un voisin attentif — la présence mesurée est celle de l’occupant, chez lui — et personne n’a mesuré le second. Vous trouverez partout ce chiffre appliqué au voisinage. Il ne lui a jamais été appliqué par ceux qui l’ont produit.
Reste ce qui ne coûte rien et ne repose sur aucune statistique : que quelqu’un sache que vous êtes absent, et que vous sachiez qui prévenir. Deux numéros échangés entre voisins valent mieux qu’un panneau sur le portail.
Et puisqu’il est question de ce qu’on remarque dehors : les marques à la craie et les symboles qu’on prête aux cambrioleurs, je n’en ai jamais rencontré en procédure. C’est le sujet des « signes de cambrioleurs ».
Par où commencer, concrètement
Sortez et faites le tour de chez vous comme si vous cherchiez à entrer. Dans cet ordre :
- Ce qui se voit depuis la rue. Signes d’absence, objets de valeur visibles, jardin à l’abandon.
- Ce qui traîne. Échelle, outillage, mobilier sous une fenêtre.
- Le garage et l’abri. Fermés ? Et la porte qui communique avec la maison ?
- L’endroit où vous ne seriez pas vu. C’est là que se fera l’entrée. C’est cette ouverture-là qu’il faut équiper.
Le quatrième point est celui qui commande tous vos achats. La suite dépend de ce que vous avez trouvé : porte d’entrée, fenêtres, volets, baie vitrée.
Pour aller plus loin
- Comment ils opèrent — le déroulé, vu des constatations
- Ce que les chiffres disent des équipements — l’étude ONDRP et ses limites
- Partir en laissant sa maison vide — quand l’absence devient lisible
- Alarmes et caméras — pour que quelqu’un soit prévenu
Les réponses à vos questions
Faut-il se cacher de la rue pour protéger sa maison ?
Non, et c'est l'arbitrage le plus contre-intuitif des abords : ce qui vous met à l'abri du regard des passants met aussi à l'abri celui qui travaille sur votre fenêtre de plain-pied. Le principe est donc de choisir où l'on se cache, en gardant au moins un angle de vue depuis la rue sur les ouvertures accessibles de plain-pied. Le détail par type de clôture, de portail et de haie est traité sur la page consacrée au portail, à la clôture et à la haie.
Faut-il ranger son échelle et ses outils ?
Oui, et c'est le conseil le moins cher de tout le site : presque tout ce qu'il faut pour entrer chez vous est déjà chez vous. L'INSEE relève que 18 % des ménages cambriolés le sont par escalade, et l'escalade se fait rarement à mains nues. Un abri fermé à clé et du mobilier de jardin qui ne dort pas sous une fenêtre coûtent zéro euro. Ce que contient vraiment un abri de jardin, et ce qui en part, sont détaillés sur la page consacrée à l'abri de jardin et aux outils.
L'éclairage à détecteur de mouvement est-il efficace ?
Personne n'en a publié la mesure, et je me méfie des sites qui en donnent une. Ce qui se tient : une lumière qui s'allume brutalement attire le regard des voisins et des passants, et c'est le regard qui compte, pas la lumière. Le réglage, le choix entre détecteur et éclairage permanent, et la raison pour laquelle je ne financerais pas cet équipement en premier sont traités sur la page consacrée à l'éclairage extérieur à détecteur.
Faut-il sécuriser son garage autant que sa maison ?
S'il communique avec la maison, oui : c'est une pièce de la maison, avec une porte extérieure souvent bien plus faible que la porte d'entrée, et une fois dedans on travaille à l'abri des regards. La porte de communication entre garage et maison mérite au moins le niveau de la porte d'entrée. Comment cède une basculante, ce que change un verrou latéral, et le cas de la télécommande laissée dans la voiture sont traités sur la page consacrée au garage.
Dans quel ordre faire le tour de ses abords ?
Quatre points, dans cet ordre : ce qui se voit depuis la rue, ce qui traîne dehors et peut servir à entrer, le garage et l'abri, puis l'endroit où vous ne seriez pas vu depuis la rue ni depuis chez un voisin. Le quatrième point est celui qui commande tous vos achats, parce que c'est là que se fera l'entrée : c'est cette ouverture-là qu'il faut équiper, et pas la plus visible.
Sources
- Sécurité et société, édition 2021 — modes opératoires des cambriolages
- Le rôle des éléments de sécurité face aux cambriolages — Grand Angle n° 40, A. Sourd et V. Delbecque
Les estimations chiffrées de cette page proviennent d'une étude observationnelle publiée en 2016 à partir de données 2007-2015. Elles montrent une association statistique, pas une garantie individuelle.