Prévention Cambriolage

S’absenter

Partir en laissant sa maison vide

Ce n'est pas la durée de l'absence qui compte, c'est qu'elle se voie. Ce qu'il faut faire avant de partir, dans l'ordre, par un ancien gendarme.

Par , ancien gendarme, OPJ et correspondant sûreté Relu en

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Vous partez, et la question vous trotte dans la tête au moment de fermer la porte : est-ce que j’ai bien tout fait ? On pense d’abord à la serrure. En réalité, l’essentiel se joue avant, et coûte beaucoup moins cher.

Ce n’est pas la durée qui compte

Commençons par ce qui surprend le plus les gens à qui je l’explique.

Constaté sur le terrain

Un matin, une femme dépose ses enfants à l’école et rentre chez elle. Dans l’intervalle — une demi-heure environ — son logement a été cambriolé. Les auteurs avaient eu le temps de faire toute la maison.

JMancien gendarme, OPJ et correspondant sûreté

Une demi-heure. Pas trois semaines. Ce qui s’est joué là, ce n’est pas la durée de l’absence : c’est qu’elle ait été repérée, et que la maison n’ait rien opposé.

Ce que j’en retiens, et c’est le principe de cette page : ils prennent le temps qu’ils ont. Ils ne sont pas paniqués, mais ils vont au plus vite. La question utile n’est donc pas « combien de temps ma porte tient-elle », c’est « de combien de temps disposent-ils chez moi, et qu’est-ce que mon logement leur coûte ».

Partir trois semaines ne change pas leur méthode. Ça change une seule chose, mais elle est décisive : votre absence devient lisible depuis la rue.

Et puisque cette page parle de vacances, autant corriger tout de suite le calendrier que tout le monde a en tête. Sur mon secteur, le gros des cambriolages n’était pas l’été. C’était l’hiver, quand la nuit tombe à dix-sept heures et que les gens sont encore au travail : les auteurs passent avant que les habitants ne rentrent. La période de Noël s’y ajoute, avec des cadeaux déjà achetés dans les maisons et des nuits qui durent. Ce qui suit vaut donc pour les trois semaines d’août autant que pour un mardi de décembre.

Ce qui annonce que vous êtes partis

Le choix d’une maison ne se fait pas au hasard des ouvertures. Il se fait d’abord sur ce qu’on voit depuis la rue : l’environnement, la richesse apparente, et surtout les signes d’une absence. L’ouverture la plus faible décide ensuite du passage, mais elle décide en second.

Voici ce qui se voit, par ordre de visibilité :

Ce qu’on laisseCe que ça dit
Boîte aux lettres pleinePersonne n’est passé depuis plusieurs jours
Volets tous fermés en plein jourLa maison est vide, et pour un moment
Poubelle jamais sortie, jamais rentréeConfirme le reste
Colis déposé devant la portePersonne pour le prendre
Pelouse qui monte, haie qui débordeAbsence longue
Aucune lumière, jamais, à aucune heureConfirme le reste

Ce tableau dit ce qui se voit depuis la rue. Il ne dit pas ce que j’ai constaté : sur ce qui avait réellement trahi une absence, dans les affaires que j’ai traitées, je n’ai pas d’élément. La question m’a été posée directement pour la boîte aux lettres qui déborde, et ma réponse est non — je n’ai pas de constat dans ce sens. Faites relever votre courrier quand même : c’est gratuit, et c’est le même geste que la visite du voisin. Mais ne comptez pas le point comme un sujet traité. C’est développé sur simuler une présence.

Aucun de ces points ne se règle avec un achat. Tous se règlent avec quelqu’un.

Quelqu’un qui passe vaut mieux que n’importe quel accessoire

C’est le levier le mieux mesuré dont vous disposez. L’étude de l’ONDRP menée avec l’INSEE auprès de 150 000 personnes observe une probabilité d’intrusion inférieure de 55 % quand une personne est présente dans le logement — le chiffre le plus élevé de toute l’étude, devant n’importe quel équipement.

Ces estimations proviennent d’une étude observationnelle publiée en 2016 à partir de données 2007-2015. Elles montrent une association statistique, pas une garantie individuelle.

Vous ne pouvez pas être chez vous pendant vos vacances. Mais vous pouvez faire en sorte que la maison ne dise pas qu’elle est vide, et c’est à peu près la même chose vue de la rue.

Concrètement, confiez une clé à un voisin ou à un proche, et demandez-lui trois choses : relever le courrier, manœuvrer les volets de temps en temps, et sortir la poubelle. Donnez-lui vos dates et un numéro où vous joindre. Curieusement, peu de gens pensent à laisser ce numéro — et c’est pourtant ce qui permet de vous prévenir au lieu d’attendre votre retour.

Un mot sur les simulateurs de présence, minuteries et autres. Ils ne remplacent pas quelqu’un, et il faut être honnête : personne n’a publié de mesure de leur effet. C’est l’occupation du logement qui a été mesurée, pas son imitation. Ce qu’on en sait et ce qu’on n’en sait pas, y compris l’arbitrage sur les volets, est sur simuler une présence.

Signaler son absence : l’Opération Tranquillité Vacances

Vous pouvez signaler votre absence à la gendarmerie ou au commissariat dont vous dépendez. C’est gratuit, ça se fait en ligne ou au guichet, et ça s’appelle l’Opération Tranquillité Vacances.

Je vais être franc, parce que c’est le genre d’endroit où ce site peut dire ce que d’autres ne diront pas : son efficacité reste à démontrer.

Ce que j’ai vu de l’intérieur : la demande arrive, elle est enregistrée dans le logiciel, et ça s’arrête souvent là. Les passages se font quand ils se font, sans fréquence déterminée, et ils dépendent entièrement des urgences en cours et des effectifs du jour. On ne passait pas souvent vérifier. Et ces passages se font depuis l’extérieur : il faut vraiment peu de chances pour qu’un cambrioleur soit pris sur le fait de cette manière.

Disons donc clairement ce que ce n’est pas : une surveillance. Personne ne veille sur votre maison, et vous verrez écrit le contraire à peu près partout.

Ce que ça change quand même : votre adresse est connue des équipages pendant la période. Une porte entrouverte, une fenêtre forcée, un véhicule qui n’a rien à faire là — ces choses passent inaperçues devant une maison quelconque, et ont une chance d’être traitées devant une maison signalée.

Alors faut-il s’inscrire ? Oui. C’est gratuit, ça prend cinq minutes, ça peut dissuader, et rien de ce que vous ferez d’autre ne vous en dispense. Mais inscrivez-vous en sachant ce que vous achetez pour ces cinq minutes, et ne partez pas plus tranquille que vous ne devriez.

Deux erreurs courantes, et elles sont faciles à éviter. La première est de s’inscrire la veille du départ, voire pendant les vacances : le dispositif a besoin d’être en place avant. La seconde est de laisser le formulaire à moitié rempli. Donnez les dates exactes, la personne à joindre avec son numéro, et signalez si quelqu’un doit passer chez vous — sans cela, la personne qui relève votre courrier devient elle-même une anomalie.

Le dispositif a sa page : l’Opération Tranquillité Vacances détaille comment s’inscrire, ce qui se passe côté service une fois la demande enregistrée, et ce qu’il faut en attendre.

Ensuite seulement, les ouvertures

Une fois l’absence rendue moins lisible, occupez-vous de la maison. Et là, une seule règle : traitez l’ouverture la plus faible, pas la plus visible.

Sortez, faites le tour du logement comme si vous cherchiez à entrer. Ce que vous cherchez, c’est l’ouverture la plus accessible sans être vue — pas la plus fragile dans l’absolu. Une fenêtre arrière derrière une haie vaut mieux, pour eux, qu’une porte-fenêtre en pleine rue.

La suite dépend de ce que vous avez trouvé :

Si vous ne deviez traiter qu’un point avant de partir, prenez celui que vous venez de repérer dehors. C’est le seul qui compte.

Le quart d’heure qui sert le plus

Voici le conseil que personne ne suit et que tout le monde regrette : avant de partir, photographiez ce qui a de la valeur, et relevez les numéros de série.

Bijoux, montres, matériel informatique, outillage, vélos, instruments de musique. Une photo par objet, et le numéro de série quand il y en a un. Rangez tout ça ailleurs que dans la maison — un courriel que vous vous envoyez à vous-même suffit.

Deux raisons, et la première n’est pas celle qu’on croit. C’est ce que votre assureur vous demandera, et vous ne l’aurez pas. C’est aussi ce qui permet d’identifier un objet retrouvé : un numéro de série transforme un vélo parmi d’autres en votre vélo.

Un quart d’heure, une fois. Et ça ne sert pas qu’aux vacances. La liste de ce qu’il faut photographier, objet par objet, et l’endroit où ranger le tout sont sur ce qu’il faut photographier avant.

Et si ça arrive quand même

Aucun logement n’est inviolable, et une page qui vous promettrait le contraire vous mentirait. Si vous rentrez et que quelque chose ne va pas, le premier réflexe compte plus que tout le reste : ne rentrez pas, et appelez le 17.

La suite est expliquée en détail sur que faire après un cambriolage.

Pour aller plus loin

Les réponses à vos questions

Faut-il partir longtemps pour se faire cambrioler ?

Non, et c'est l'idée reçue la plus coûteuse sur ce sujet. J'ai constaté un cambriolage commis pendant qu'une mère déposait ses enfants à l'école : une demi-heure, et les auteurs avaient eu le temps de faire toute la maison. Une absence de trois semaines n'est pas plus dangereuse qu'une absence d'une demi-heure, elle est seulement plus visible depuis la rue.

Faut-il laisser ses volets ouverts ou fermés quand on part ?

L'idéal est que quelqu'un les manœuvre, même irrégulièrement. À défaut, fermez ceux du rez-de-chaussée, qui protègent vraiment, et laissez-en une partie ouverte sur les pièces qu'on ne peut pas atteindre. Vérifiez aussi votre contrat d'assurance, qui impose souvent la fermeture au-delà d'une certaine durée d'absence. L'arbitrage complet entre la protection certaine et le signal supposé est traité sur la page consacrée à la simulation de présence.

L'Opération Tranquillité Vacances sert-elle à quelque chose ?

Elle fait passer des patrouilles devant chez vous pendant votre absence, à des moments non prévisibles, et ce n'est pas une surveillance continue : personne ne veille sur votre maison. Son intérêt est ailleurs, votre adresse est connue des équipages pendant la période. C'est gratuit, il faut s'inscrire avant de partir et remplir le formulaire en entier. Ce que le dispositif fait réellement, vu de l'intérieur du service, est détaillé sur la page consacrée à l'Opération Tranquillité Vacances.

Faut-il éviter de publier ses vacances sur les réseaux sociaux ?

Tout le monde l'écrit, et je n'ai pas de constatation qui l'établisse. Je n'ai eu ni affaire où le lien avec une publication en ligne ait été établi, ni personne mise en cause qui en ait parlé. J'ajoute que je n'ai pas eu non plus de repérage préparé : ce que j'ai vu, c'est de l'opportunité et des séries. Publier ses photos au retour plutôt qu'au départ ne coûte rien et supprime une information dont personne n'a besoin : à vous de juger si le jeu en vaut la chandelle. Le risque numérique dont on parle le moins est ailleurs, du côté des données volées lors d'attaques informatiques et réutilisées dans des escroqueries — des faits que la presse documente, et non des dossiers que j'ai traités. C'est développé sur la page consacrée aux réseaux sociaux et au cambriolage.

Une maison en lotissement est-elle moins exposée qu'une maison isolée ?

Ce n'est pas la même exposition. Une maison isolée offre du temps et de la tranquillité ; une maison en lotissement offre des voisins, donc un risque d'être vu et entendu. Dans mon expérience, ce qui a réellement interrompu des cambriolages, ce sont des personnes qui ont entendu quelque chose et qui se sont déplacées. Un lotissement vide en plein mois d'août perd précisément cet avantage.

Sources

  1. Le rôle des éléments de sécurité face aux cambriolages — Grand Angle n° 40, A. Sourd et V. DelbecqueONDRP, avec l'INSEE (enquête « Cadre de vie et sécurité ») · 2016-12
  2. Opération Tranquillité VacancesMinistère de l'Intérieur — police et gendarmerie nationales
  3. Cambriolage : réagir et limiter les risquesMinistère de l'Intérieur

Les estimations chiffrées de cette page proviennent d'une étude observationnelle publiée en 2016 à partir de données 2007-2015. Elles montrent une association statistique, pas une garantie individuelle.

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