Après un cambriolage
Vous venez d'être cambriolé
N'entrez pas, appelez le 17, ne touchez à rien. Ce qu'il faut faire ce soir et dans les jours qui suivent, expliqué par un ancien officier de police judiciaire.
Par JM, ancien gendarme, OPJ et correspondant sûreté Relu en
Mis à jour le
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1. N’entrez pas
Vous ne savez pas si quelqu’un se trouve encore à l’intérieur. C’est la seule question qui compte à cette seconde, et vous n’avez aucun moyen d’y répondre depuis le seuil.
Ressortez. Éloignez-vous de quelques mètres. Appelez le 17 et attendez dehors.
Si vous êtes déjà entré et que vous vous rendez compte en cours de route, ressortez sans chercher à vérifier quoi que ce soit.
Appeler tout de suite a une seconde raison, que personne ne vous dira et qui se joue sur quelques heures. Tant que les faits viennent d’être commis, l’enquête se mène dans le cadre de la flagrance, qui ouvre à l’officier de police judiciaire des moyens que l’enquête ordinaire n’a pas. En pratique, il faut que la victime signale dans les vingt-quatre heures, sauf force majeure : passé ce délai, ce cadre n’est plus utilisable. Ce n’est pas une formalité administrative, c’est la différence entre deux enquêtes.
2. Ne touchez à rien, et voici pourquoi
Une fois qu’on vous aura dit que vous pouvez entrer, vous aurez une envie très forte : ranger. Résistez-y le temps des constatations.
Ne redressez pas les tiroirs, ne refermez pas les portes, ne balayez pas le verre, ne nettoyez pas les traces de terre. N’essuyez surtout aucune surface.
Je tiens à être précis sur la nature de cette consigne, parce qu’elle est souvent présentée comme une interdiction et que ce n’est pas le cas. Vous ne commettez aucune infraction en rangeant chez vous : ce que la loi réprime, c’est la modification d’une scène faite dans le but de dissimuler les faits ou leur auteur, ce qui n’est évidemment pas votre situation. Si l’on vous demande au téléphone de ne rien toucher, c’est pour une raison strictement pratique : vous risquez d’effacer sans le vouloir des traces papillaires, des traces de pied, ou des traces ADN que le technicien saura relever et que vous ne voyez pas.
Autrement dit, c’est une demande, pas une sommation. Elle ne vous met en faute ni si vous n’y pensez pas, ni si vous devez couper une arrivée d’eau ou porter secours à quelqu’un.
Ce qui vous est demandé pendant ce temps est plus utile : essayez d’établir par où ils sont entrés, et commencez la liste de ce qui manque — avec, pour chaque objet, ce qui permettra de le reconnaître.
3. Déposez plainte, même si vous n’y croyez pas
C’est la phrase que j’ai le plus entendue : « de toute façon, ça ne sert à rien ».
Constaté sur le terrain
Sur une série de cambriolages, le nombre de faits connus au moment de l’interpellation venait des plaintes déposées le jour même. Des semaines plus tard, d’autres personnes sont venues déposer plainte en signalant un cambriolage survenu à la même date. Ces faits ont alors pu être attribués aux mêmes auteurs. Le compte réel était supérieur à ce que nous connaissions.
Cette phrase n’est pas de la résignation, elle repose sur quelque chose de réel, et je préfère vous l’expliquer plutôt que de la balayer. Quand le préjudice est faible et qu’aucun indice n’a pu être relevé, les instructions du parquet conduisent souvent à une clôture rapide — parfois avant même que vous soyez ressorti du bureau. C’est une question de moyens, pas de mépris.
Ce qui change tout, c’est donc ce que vous apportez : une description précise de ce qui manque, des numéros de série, des photographies. Un objet décrit est un objet qui peut être rattaché à vous le jour où il réapparaît. Beaucoup d’objets saisis ne retrouvent jamais leur propriétaire, faute d’une description.
Et votre plainte ne sert pas qu’à votre dossier. Elle sert à rattacher des faits entre eux, et c’est souvent comme ça qu’une série se referme — un dossier clos fournit du grain à moudre à d’autres enquêtes, parfois des années après. Une plainte déposée en retard reste utile : celles-là l’ont été.
Trois points pratiques :
- on ne peut pas refuser votre plainte, et vous pouvez la déposer dans n’importe quel service, même territorialement incompétent ; vous pouvez aussi écrire directement au procureur de la République. Déposez malgré tout là où les faits ont eu lieu quand vous le pouvez : cela évite les délais de transfert entre juridictions ;
- vous pouvez déposer plainte au commissariat, à la brigade de gendarmerie, ou en ligne depuis octobre 2024 pour les atteintes aux biens dont l’auteur est inconnu. Le trajet complet d’une plainte, et ce qui décide de son sort, sont sur déposer plainte après un cambriolage ;
- emportez une pièce d’identité et la liste de ce qui manque, même incomplète ;
- vous pouvez compléter votre plainte ensuite. Vous le ferez, parce que la liste du premier jour n’est jamais la bonne.
4. Déclarez à votre assureur, sous deux jours ouvrés
Le Code des assurances prévoit un délai de deux jours ouvrés pour déclarer un vol, plus court que pour les autres sinistres. Votre contrat peut être plus favorable, jamais moins : vérifiez-le, mais ne comptez pas dessus.
N’attendez pas d’avoir une liste complète pour déclarer. Déclarez, puis complétez.
Ce qu’on va vous demander :
| Pièce | Ce qu’elle établit |
|---|---|
| Récépissé de dépôt de plainte | Que les faits ont été signalés |
| Constat de l’effraction, photos | Que l’entrée s’est faite par effraction |
| Factures, garanties, numéros de série | Que vous possédiez bien les objets |
| Devis de remise en état | Le coût de la porte, de la fenêtre, du bâti |
C’est la troisième ligne qui bloque presque tout le monde, parce qu’elle se prépare avant — voir la liste des objets à photographier avant. Si vous n’avez rien, cherchez du côté de vos courriels de commande, de vos relevés bancaires et des photos de famille où l’objet apparaît : ça se plaide.
Vérifiez aussi ce que votre contrat exige. Certaines garanties vol supposent un niveau de fermeture donné, ou l’usage effectif de ce niveau — une porte tirée sans tour de clé peut suffire à ouvrir une discussion que vous n’avez pas envie d’avoir ce jour-là. Le détail est sur l’assurance habitation et le vol.
5. Refermer avant la nuit
Un logement ouvert une fois est un logement ouvert deux fois. Avant le soir, il faut que la porte ou la fenêtre forcée tienne à nouveau. Le détail pratique — qui appeler, dans quel ordre, et ce que l’assurance peut prendre en charge — est sur refermer un logement forcé le soir même.
Dans l’ordre de ce qui est faisable le jour même :
- un serrurier pour remplacer le cylindre, ou la serrure, ou poser une condamnation provisoire ;
- à défaut, une planche vissée et un point de blocage intérieur sur l’ouverture concernée ;
- si vos clés ont disparu, le cylindre change, sans discussion, même si l’entrée s’est faite ailleurs.
Un mot sur la porte forcée : ce qui a cédé n’est pas forcément la serrure. Sur les portes à trois points que j’ai constatées, c’est le bois du bâti qui avait explosé sur toute la hauteur. Remplacer la serrure en laissant le bâti tel quel vous laisse exactement là où vous étiez. Le détail est expliqué sur sécuriser sa porte d’entrée.
Les jours d’après
Trois choses que personne ne dit et qui arrivent presque toujours.
Vous allez continuer à découvrir des manques. Une semaine, un mois plus tard. C’est normal, et ça ne remet pas en cause votre déclaration : signalez les compléments à votre assureur et à l’enquête. Sur la série dont je parlais plus haut, le compte réel ne s’est constitué que des semaines après les faits.
Le désordre n’est pas de la méchanceté. Quand on entre dans un logement cambriolé, tout est renversé : les tiroirs sont vidés par terre, les placards ouverts, les matelas déplacés. Ce n’est pas soigné, et ce n’est pas dirigé contre vous. C’est ce que donne une fouille menée au plus vite par quelqu’un qui ne sait pas où vous rangez vos affaires. Je le dis parce que beaucoup de gens le prennent pour un message.
Ce que vous ressentez est proportionné. Une intrusion chez soi n’est pas une perte matérielle, c’est autre chose, et les personnes les plus affectées ne sont pas celles qui ont perdu le plus. Si le sommeil ne revient pas, si vous n’êtes plus tranquille chez vous, parlez-en à votre médecin, et sachez qu’une aide aux victimes existe et qu’elle est gratuite.
Quand vous serez prêt à regarder l’après
Pas tout de suite, mais ne laissez pas passer non plus : le risque ne baisse pas après des faits, et les quartiers déjà touchés le sont davantage. Cela vaut pour le quartier ; pour votre logement, la question du retour a sa page à elle, est-ce qu’ils reviennent, avec ce que j’ai constaté et pourquoi il n’existe pas de chiffre là-dessus.
Le bon point de départ n’est pas un achat, c’est un tour de votre logement par l’extérieur pour trouver le point réellement utilisé, et ceux qui sont restés disponibles.
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Les réponses à vos questions
Faut-il entrer chez soi quand on découvre un cambriolage ?
Non. Vous ne savez pas si quelqu'un se trouve encore à l'intérieur, et c'est la seule chose qui compte à cette seconde. Ressortez, éloignez-vous, appelez le 17 et attendez dehors. Ce n'est pas une précaution excessive : des découvertes se font pendant que les auteurs sont encore sur place.
Pourquoi ne faut-il rien toucher avant l'arrivée des forces de l'ordre ?
Parce que les traces exploitables sont fragiles et rarement là où on les imagine. Une poignée essuyée, un tiroir remis en place, une vitre balayée, et ce qui aurait pu identifier quelqu'un a disparu. Le réflexe de ranger est parfaitement normal — on veut effacer ce qui s'est passé — mais il coûte cher. Attendez que les constatations soient faites.
Le dépôt de plainte sert-il vraiment à quelque chose ?
Oui, et pas seulement pour votre assurance. J'ai travaillé sur une série où le nombre de faits connus au moment de l'interpellation venait des plaintes déposées le jour même. Des semaines plus tard, d'autres personnes sont venues déposer plainte pour un cambriolage survenu à la même date, et ces faits ont pu être attribués aux mêmes auteurs. Une plainte tardive n'est donc pas une plainte inutile : elle a servi, dans un dossier réel.
Quel délai pour déclarer un cambriolage à son assurance ?
Le Code des assurances fixe un délai de deux jours ouvrés pour un vol, plus court que celui des autres sinistres. Votre contrat peut être plus favorable, jamais moins. Déclarez sans attendre d'avoir la liste complète : vous la compléterez, parce qu'on ne découvre pas tout le premier jour. La page sur l'assurance habitation et le vol détaille ce qu'on vous demandera de produire.
Que demande l'assureur pour indemniser un vol ?
Le récépissé de dépôt de plainte, la preuve de l'effraction, et la preuve que vous possédiez les objets déclarés. C'est ce dernier point qui pose problème à presque tout le monde, parce qu'il se prépare avant. Le détail de ce qu'on vous demandera, et de ce que votre contrat décide, est sur la page consacrée à l'assurance habitation et au vol.
Faut-il changer sa serrure après un cambriolage ?
Si la porte a été forcée, la question ne se pose pas : il faut remplacer ce qui a cédé, et souvent le bâti plus que le cylindre. Si vos clés ont été volées, changez le cylindre sans discuter, même si l'entrée s'est faite ailleurs. Si rien n'a été forcé, traitez le point réellement utilisé plutôt que de renforcer une porte qui n'a rien à se reprocher. Ce qui se fait le soir même est détaillé sur la page consacrée au fait de refermer un logement forcé.
Sources
- Cambriolage : réagir et limiter les risques
- Article L113-2 du Code des assurances — déclaration du sinistre
- Plainte en ligne pour atteintes aux biens à auteur inconnu