Fenêtres
Sécuriser ses fenêtres
Votre fenêtre s'ouvre peut-être au tournevis, sans casser la vitre. Le test qui le vérifie en dix secondes, et la parade à quelques dizaines d'euros.
Par JM, ancien gendarme, OPJ et correspondant sûreté Relu en
Mis à jour le
On pense d’abord à la porte, et on a raison. Mais d’après l’INSEE, 23 % des ménages cambriolés ont eu une vitre brisée — et ce chiffre ne compte que les vitres cassées. Les fenêtres forcées proprement, sans casse, n’y figurent même pas.
Or c’est justement le cas le plus fréquent, et c’est ce que je vais vous montrer.
Comment on force une fenêtre, en vrai
On imagine le cambrioleur qui casse un carreau. En pratique, il évite : ça fait du bruit, ça laisse des traces bien visibles, et on peut s’y couper.
La méthode courante est un simple tournevis. C’est plus discret à l’usage, et surtout beaucoup plus facile à justifier en cas de contrôle qu’un pied-de-biche.
Voici pourquoi ça marche. Prenez une fenêtre à double battant avec une crémone classique — c’est l’une des plus posées en France, il y a de bonnes chances que vous en ayez une. Le pêne vient s’insérer dans la gâche fixée sur le montant. Deux défauts se cumulent : les traverses hautes et basses sont souvent creuses, et les ouvrants gardent une certaine mobilité.
Résultat : en glissant un tournevis entre le vantail et le montant et en forçant, on écarte suffisamment pour que le pêne sorte de sa gâche. La fenêtre s’ouvre alors sans plus aucune résistance.
Constaté sur le terrain
Lors d’une visite de prévention, nous avons fait la démonstration sur une fenêtre de ce type. Le tournevis a simplement écarté le montant du vantail. Pour tout dégât, une trace laissée par le pêne en sortant de la gâche — autant dire rien. Pas de bruit, pas de vitre cassée, et une fenêtre ouverte en quelques secondes.
Vérifiez la vôtre maintenant
Allez à votre fenêtre, fermée et verrouillée. Appuyez fermement sur le vantail, près de la poignée, en poussant vers l’extérieur.
Si vous sentez un jeu net, vous avez le même défaut. Ce n’est pas grave, ça se corrige — et pour beaucoup moins cher que ce que vous imaginez.
La parade : solidariser le vantail et le montant
Tout le principe tient là. Peu importe le produit, l’objectif est le même : ajouter un point de fixation qui empêche le vantail de s’écarter du montant.
Avec ou sans serrure, à clé ou à bouton, c’est cette fonction qui compte. Un seul point bien placé suffit souvent à rendre la méthode au tournevis inopérante.
Quelle serrure de fenêtre pour une bonne protection — notre sélection et les critères de choix.
Les autres protections
Les barreaux et grilles de défense
Ce sont les dispositifs les plus efficaces, sans discussion. Ils sont tout indiqués pour les ouvertures les plus accessibles : soupirail, fenêtre de cave, fenêtre donnant sur une cour ou un jardin peu visible.
Une seule contrainte, mais elle est déterminante : le scellement. Des barreaux mal ancrés s’arrachent, et vous n’aurez fait que vous rassurer.
Le vitrage anti-effraction
C’est un verre feuilleté, composé de plusieurs couches assemblées, qui résiste aux tentatives de perforation. Efficace, mais le prix pique : comptez 150 à 450 € le m².
Le film anti-effraction : l’alternative abordable
Le film ne vaut pas un vrai vitrage feuilleté, soyons clairs. Mais il démarre à environ 10 € le m², et il fait un vrai travail : il maintient la cohésion du verre en cas de choc, donc il retarde. Certains modèles occultants ont en prime un effet dissuasif, puisqu’on ne voit plus l’intérieur.
Les films anti-effraction valent-ils le coup ?
Par quoi commencer
Traitez d’abord le système de fermeture, c’est là qu’est le vrai point faible. Le vitrage vient après : renforcer le verre d’une fenêtre qui s’ouvre au tournevis, ça ne sert à rien.
Et commencez par la fenêtre la plus accessible sans être vue — souvent une ouverture à l’arrière ou masquée par une haie, pas celle de la façade.
Sécuriser une fenêtre au rez-de-chaussée · Faire le tour de chez vous en 4 étapes
Les réponses à vos questions
Les cambrioleurs cassent-ils la vitre pour entrer par une fenêtre ?
Beaucoup moins souvent qu'on le croit. Casser une vitre fait du bruit, laisse des traces et peut blesser. La méthode courante est silencieuse : un tournevis glissé entre le vantail et le montant, un peu de force, et le pêne sort de sa gâche. Un tournevis se cache aussi bien plus facilement qu'un pied-de-biche en cas de contrôle.
Ma fenêtre à double battant est-elle vulnérable ?
Si elle a une crémone classique et des traverses hautes et basses creuses, très probablement. Ce type de menuiserie, très répandu en France, laisse un jeu suffisant pour écarter le vantail du montant au tournevis. Testez : appuyez fermement sur le vantail fermé, près de la poignée. S'il bouge sensiblement, le jeu est là.
Faut-il un vitrage anti-effraction ou un film suffit-il ?
Le vitrage feuilleté est plus efficace, mais il coûte entre 150 et 450 € le m². Le film anti-effraction commence à environ 10 € le m² : il ne vaut pas un vrai vitrage feuilleté, mais il maintient la cohésion du verre en cas de choc et retarde le passage. Pour un rez-de-chaussée, c'est un bon compromis — à condition d'avoir d'abord traité le système de fermeture, qui reste le vrai point faible.
Les barreaux sont-ils la meilleure protection pour une fenêtre ?
Oui, ce sont les dispositifs les plus efficaces, en particulier pour les fenêtres facilement accessibles : soupirail, fenêtre de cave, ouverture donnant sur une cour. Tout dépend cependant du scellement : des barreaux mal ancrés s'arrachent, et alors ils ne servent qu'à rassurer.
Quelle fenêtre sécuriser en priorité ?
Celle qui est la plus accessible sans être vue. Ce n'est pas forcément celle de la façade : c'est souvent une fenêtre arrière, un soupirail, ou une ouverture masquée par une haie. Un cambrioleur cherche à travailler tranquillement, et une fenêtre à l'abri des regards vaut mieux pour lui qu'une fenêtre plus fragile en pleine rue.