Partir en laissant sa maison vide
Réseaux sociaux et cambriolage
Aucune affaire où le lien avec une publication en ligne ait été établi, et la question ne se posait pas en audition. Et le risque numérique qui existe, lui.
Par JM, ancien gendarme, OPJ et correspondant sûreté Relu en
Mis à jour le
C’est le conseil de prévention le plus répété de la dernière décennie : ne publiez pas vos vacances, les cambrioleurs vous lisent. Je n’ai rien qui le confirme, et je préfère vous le dire.
Aucune affaire liée à une publication en ligne
Constaté sur le terrain
Je n’ai traité aucune affaire dans laquelle le lien entre une publication en ligne et un cambriolage ait été établi. La question n’était pas posée en audition, et aucune personne mise en cause n’en a parlé spontanément.
Deux absences, et elles ne disent pas la même chose.
La première est une absence de preuve dans les dossiers : sur mon secteur, aucune procédure n’a fait apparaître ce lien.
La seconde est plus parlante encore : le sujet n’existait pas dans les auditions. Ce n’était pas une question qu’on posait, et ce n’était pas un sujet que les personnes entendues abordaient d’elles-mêmes. Quand quelqu’un explique comment il a choisi une maison, il parle de l’occasion, de l’accès, de ce qu’il voyait depuis la rue. Pas d’un compte à consulter.
J’ai accepté que ce site l’écrive noir sur blanc, et c’est fait.
Pourquoi je le dis quand même
Parce qu’une absence de constat n’est pas une preuve d’absence, et qu’il faut être honnête dans les deux sens.
Ce que je constatais, c’étaient des cambriolages d’opportunité et des séries : des groupes mobiles, des personnes qui passaient de maison en maison. Je n’ai pas eu de mis en cause ayant procédé à des repérages, et c’est cohérent avec le reste — voir les signes de cambrioleurs, qui raconte exactement la même histoire à propos des codes de marquage.
Mon expérience porte sur les années 2020, en périurbain et en rural. Elle ne dit rien d’équipes visant des objectifs particuliers, ni de ce qui se pratique ailleurs. Si une étude sérieuse ou une série d’affaires établit ce lien un jour, cette page changera, et elle le dira.
Alors, publiez ou pas ?
La précaution ne coûte rien, donc prenez-la. Mais sachez à quel titre je vous la donne : au titre du bon sens, pas au titre d’un risque mesuré.
Ce qui est raisonnable et gratuit :
- publier au retour plutôt que depuis la plage ;
- ne pas annoncer de dates de départ et de retour à un public que vous ne maîtrisez pas ;
- régler une fois pour toutes qui peut voir vos publications, ce qui est le seul paramètre qui compte vraiment ;
- éviter d’associer une adresse à une absence — la photo de la façade au printemps et le message « on part trois semaines » en juillet ;
- appliquer la même chose aux comptes de vos enfants, qui publient plus que vous et qui réfléchissent moins à qui les lit.
Cinq minutes de réglages, une fois, et le sujet est clos.
Ce qui vous expose réellement, en revanche : une baie vitrée arrière qui s’ouvre à la main, des volets fermés en plein jour, une échelle restée dehors. Tout cela est visible depuis le trottoir, sans compte à suivre. Et c’est ce que mesure l’enquête de l’INSEE sur les modes opératoires : chez 64 % des ménages cambriolés une porte a été forcée ou l’on a tenté de la forcer, 23 % ont eu une fenêtre brisée, et 18 % ont subi une escalade d’un balcon ou d’une clôture. C’est traité sur partir en laissant sa maison vide.
Le risque numérique qui existe, lui
Si le sujet vous intéresse, il faut regarder ailleurs — et là, il y a matière.
Ce ne sont pas vos photos de vacances qui circulent, ce sont vos données volées. Les fuites issues d’attaques informatiques mettent en circulation des coordonnées, des adresses, des historiques d’achat, parfois des montants. Ces informations alimentent des escroqueries ciblées, et elles sont d’autant plus efficaces qu’elles sont exactes : un message qui connaît votre banque, votre dernier achat ou votre numéro de dossier n’a rien deviné, il a acheté.
À l’extrémité du spectre, la presse a rapporté des affaires où des détenteurs de cryptomonnaies ont été séquestrés et violentés à leur domicile, visés pour ce qu’on savait de leur patrimoine.
Je tiens à être net sur l’origine de ce paragraphe : ce sont des faits de presse, pas mon expérience de service. Je n’ai pas traité ces dossiers. Je vous les signale parce que c’est de ce côté-là que je regarderais si le sujet m’inquiétait, et parce que c’est exactement l’inverse du conseil habituel : le risque ne vient pas de ce que vous publiez, il vient de ce que d’autres ont perdu vous concernant.
Trois gestes utiles, et ils sont d’un autre ordre que « ne postez pas vos vacances » :
- vérifiez si votre adresse électronique apparaît dans des fuites connues, et changez les mots de passe des comptes concernés ;
- activez la double authentification, en priorité sur votre messagerie : c’est elle qui permet de réinitialiser tout le reste ;
- ne répondez jamais à un message qui en sait trop sur vous, et rappelez votre banque ou votre fournisseur au numéro que vous avez, pas à celui qu’on vous donne.
Le site cybermalveillance.gouv.fr est la bonne porte d’entrée pour cette partie-là, qui n’est pas la mienne.
Ce que je retiens
On vous a donné un conseil facile à suivre — ne postez pas — sur un risque que personne n’a établi, pendant que le risque documenté est ailleurs et demande d’autres gestes.
Réglez la visibilité de vos comptes, publiez au retour si ça vous coûte peu, et consacrez le reste de votre attention à ce qui se voit depuis votre trottoir.
Pour aller plus loin
- Partir en laissant sa maison vide — les signes d’absence, ceux qui se voient
- Les signes de cambrioleurs — l’autre légende, traitée de la même façon
- Simuler une présence — ce qu’on en sait, et ce qu’on n’en sait pas
- Ce que les chiffres disent des équipements — ce qui a été mesuré
Les réponses à vos questions
Les cambrioleurs surveillent-ils les réseaux sociaux ?
Je n'ai pas d'affaire où cela ait été établi, et c'est un point sur lequel je suis catégorique parce que la question m'a été posée directement. Sur mon secteur, aucune procédure n'a fait apparaître un lien entre une publication en ligne et un cambriolage. La question n'était d'ailleurs pas posée en audition, et aucune personne mise en cause n'en a parlé d'elle-même. Ce que je constatais relevait de l'opportunité et de séries, pas d'un travail préalable de collecte d'informations.
Faut-il éviter de publier ses photos de vacances ?
La précaution ne coûte rien, donc prenez-la : publiez au retour plutôt que sur place, et évitez d'annoncer des dates de départ et de retour à un public que vous ne maîtrisez pas. Mais je vous la donne au titre du bon sens, pas au titre d'un risque que j'aurais mesuré. Ce qui vous expose réellement, d'après ce que j'ai constaté, est beaucoup plus prosaïque : un courrier qui déborde, des volets fermés en plein jour, une baie vitrée arrière qui s'ouvre à la main.
Pourquoi tous les sites affirment-ils le contraire ?
Parce que c'est un raisonnement séduisant, facile à écrire, qui ne demande aucune vérification et qui responsabilise le lecteur — ce qui est toujours confortable pour celui qui écrit. Je ne dis pas que ces sites mentent, je dis qu'ils avancent une hypothèse sans la présenter comme telle. Si une étude ou une série d'affaires établit ce lien un jour, cette page changera, et elle le dira.
Quel est le risque numérique réellement documenté ?
Il ne concerne pas les photos de plage, il concerne les données volées. Les fuites issues d'attaques informatiques — coordonnées, adresses, montants, historiques — alimentent des escroqueries ciblées, et la presse a rapporté des affaires où des détenteurs de cryptomonnaies ont été séquestrés et violentés à leur domicile. Je cite cela comme des faits de presse, pas comme mon expérience de service : ce ne sont pas des dossiers que j'ai traités. Mais c'est de ce côté-là que je regarderais si le sujet m'inquiétait.
Comment limiter ce qu'on peut apprendre sur moi en ligne ?
Trois gestes qui servent à quelque chose, et aucun ne concerne vos photos de vacances. Vérifiez si votre adresse électronique apparaît dans des fuites connues, et changez les mots de passe concernés. Activez la double authentification là où c'est possible, en priorité sur votre messagerie, qui est la clé de tout le reste. Et ne répondez jamais à un message qui connaît des détails exacts sur vous : un escroc qui cite votre banque, votre dernier achat ou votre numéro de dossier a acheté ces données, il ne les a pas devinées.
Faut-il refuser d'être identifié sur les photos de ses amis ?
C'est un arbitrage personnel et je ne vais pas vous donner de consigne là-dessus. Ce que je peux dire, c'est que le paramètre le plus utile n'est pas le vôtre mais celui de vos publications : qui peut les voir. Un compte ouvert à tout le monde raconte plus qu'un compte ouvert à trente personnes, et cela vaut pour vos enfants autant que pour vous. Réglez-le une fois, ça se fait en cinq minutes, et passez à votre baie vitrée.