Ce qui se joue avant la porte
Les « signes de cambrioleurs »
Sept ans de procédures, aucun code de marquage, ni sur les boîtes aux lettres ni sur les portails. Ce que j'ai constaté à la place, et ce que vaut la marque.
Par JM, ancien gendarme, OPJ et correspondant sûreté Relu en
Mis à jour le
C’est l’article qui tourne le plus sur les réseaux sociaux, avec sa grille de symboles : un rond pour une maison vide, une croix pour un chien, un triangle pour une personne seule. Je vais vous dire ce que sept ans de procédures en ont montré.
Aucun code de marquage en sept ans de procédures
Constaté sur le terrain
Je n’ai jamais constaté ce genre de chose. Aucun code de marquage, sur aucune boîte aux lettres, sur aucun portail, dans aucune procédure. Personne ne nous a appelés pour une marque trouvée chez lui. Et la gendarmerie ne diffusait pas ces listes de codes.
Ce dernier point mérite qu’on s’y arrête, parce qu’il alimente la crédibilité de toute l’histoire. Les grilles qui circulent sont très souvent présentées comme émanant de la gendarmerie ou de la police. Je n’ai jamais vu passer un tel document en interne, et je n’en ai jamais diffusé.
Je ne peux pas vous prouver que rien de tel n’existe nulle part, et ce n’est pas ce que j’écris. Ce que j’écris, c’est qu’un site tenu par quelqu’un qui a fait les constatations et les auditions vous dit que cela n’est jamais apparu. C’est moins spectaculaire qu’une grille de symboles, et c’est vérifié par l’usage.
Ce que j’ai constaté à la place
Puisqu’il faut bien expliquer ce qui se passait, voici ce que j’ai vu :
Constaté sur le terrain
Ce que nous avions, c’étaient des groupes mobiles, ou des personnes qui passaient de maison en maison. Pas de marquage particulier, pas de préparation matérielle visible.
Et je vais plus loin, parce que c’est la ligne la plus importante de tout ce site :
Constaté sur le terrain
Je n’ai eu que des cambriolages d’opportunité ou des séries. Je n’ai pas eu de mis en cause ayant procédé à des repérages.
Je mesure ce que cette phrase a d’inhabituel. Tout le secteur de la prévention écrit l’inverse : le repérage, les jours d’observation, les notes, les codes. Je ne l’ai pas rencontré.
Et si le repérage n’a pas eu lieu, il n’y a pas non plus de trace de repérage à trouver sur vos murs. La question m’a été posée dans ces termes — est-ce que ces choses laissent des marques ? Non.
Je précise le périmètre de ce constat, parce qu’il compte. Mon expérience porte sur les années 2020, sur un secteur périurbain et rural. Elle ne dit rien d’équipes spécialisées visant des objectifs particuliers — des objets précis, des personnes précises — que je n’ai pas eu à connaître.
Alors, cette marque sur mon portail ?
Elle existe, vous l’avez bien vue, et elle a presque certainement une explication banale.
Les murs, les trottoirs, les portails et les compteurs de ce pays sont couverts de repères laissés par des gens qui travaillent :
- les artisans et les entreprises de réseaux, qui marquent les tracés, les regards, les branchements — la couleur du marquage est normalisée par métier ;
- les releveurs de compteur et les agents de service, qui notent leurs passages ;
- les livreurs, qui marquent les accès difficiles ou les numéros mal visibles ;
- les géomètres, les élagueurs, les services de voirie, les recenseurs ;
- les enfants du quartier, et la craie.
Le point intéressant est que ces marques sont là depuis toujours et que personne ne les remarquait avant de lire un article sur les codes de cambrioleurs. Une fois l’idée en tête, on les voit partout — et chacune devient un signal.
Ce que je vous conseille, et je vous le donne au titre du bon sens puisque personne ne m’a jamais appelé pour une marque trouvée chez lui : photographiez-la si vous voulez la garder, effacez-la si elle vous gêne, et n’en tirez pas de conclusion. Appeler ne dérangera personne, mais sachez qu’une marque seule ne donnera lieu à rien : il n’y a ni infraction, ni auteur, ni élément exploitable.
Ce qui, en revanche, se signale utilement
Il y a une différence entre un symbole et un comportement, et c’est le second qui a de la valeur.
Ce qui vaut un appel au 17, ou au service local en dehors de l’urgence :
- un véhicule qui repasse plusieurs fois, ou stationne longuement sans raison, et dont vous pouvez noter la plaque ;
- des personnes qui sonnent à toutes les portes de la rue sous un prétexte commercial ou administratif, surtout si elles s’intéressent aux horaires et à l’occupation ;
- quelqu’un qui photographie ou filme des façades, des jardins, des accès ;
- des tentatives sur d’autres maisons de la rue — une trace d’outil sur une porte voisine vaut infiniment plus qu’une croix à la craie.
Là, il y a quelque chose à raconter : une description, une heure, une immatriculation. C’est avec ça qu’on travaille.
Un mot sur les tentatives, parce que c’est utile de le savoir : une trace d’outil seule, sans préjudice et sans plainte, ne déclenche généralement pas de procédure. Mais plusieurs tentatives signalées dans le même secteur dessinent une série, et une série se traite autrement qu’un fait isolé. Signalez, même si on ne vous promet rien. Le détail est sur déposer plainte.
Pourquoi cette histoire tient si bien
Je n’ai pas d’explication à vous donner, et je ne vais pas en fabriquer une pour finir le chapitre proprement.
Ce que je peux observer, c’est qu’elle a tout ce qu’il faut pour circuler : elle tient dans une image, elle donne l’impression d’un savoir caché qu’on vient de vous transmettre, et surtout elle rassure. Un plan, des règles, des symboles : c’est plus supportable que l’idée d’une fenêtre restée ouverte un après-midi.
Le problème n’est pas qu’elle soit fausse. Le problème est ce qu’elle vous fait faire : scruter des murs au lieu de regarder la seule chose qui décide.
Ce qu’il faut regarder à la place
Puisque vous avez dix minutes d’inquiétude à investir, mettez-les là :
- La baie vitrée à l’arrière. Essayez de l’ouvrir en écartant l’ouvrant. Les petits crochets qui la ferment sont très répandus et s’écartent facilement : c’est le défaut que les propriétaires ne voient jamais chez eux et qu’on repère immédiatement. Voir sécuriser une baie vitrée.
- Les volets battants sans barre, sur les façades qu’on ne voit pas de la rue. Voir les barres de sécurité pour volets battants.
- L’échelle et le mobilier de jardin, appuyés contre une façade. Voir l’abri de jardin et les outils.
- La porte entre le garage et la maison, qui ferme rarement à clé. Voir sécuriser son garage.
Ce sont quatre points concrets, ils ne coûtent rien à vérifier, et ils traitent ce qui décide réellement du passage une fois la maison choisie.
C’est aussi ce que mesure l’enquête de l’INSEE : chez 64 % des ménages cambriolés une porte a été forcée ou l’on a tenté de la forcer, 23 % ont eu une fenêtre brisée, et 18 % ont subi une escalade d’un balcon ou d’une clôture. Aucune ligne de ce relevé ne porte sur un symbole tracé à la craie.
Pour aller plus loin
- Ce qui se joue avant la porte — comment une maison se choisit, vraiment
- Comment ils opèrent — par où on entre
- Réseaux sociaux et cambriolage — l’autre légende, traitée de la même façon
- Ce que les chiffres disent des équipements — ce qui a été mesuré
Les réponses à vos questions
Les marquages de cambrioleurs sur les boîtes aux lettres existent-ils ?
Je n'ai jamais constaté ce genre de chose dans une procédure, et je n'ai pas eu un seul appel de quelqu'un ayant trouvé une marque chez lui. Les listes de symboles qui circulent — un rond pour une maison vide, une croix pour un chien, un triangle pour une personne âgée — ne venaient pas de la gendarmerie, qui ne diffusait pas ce genre de document. Je ne peux pas prouver que rien de tel n'existe nulle part ; je peux vous dire que sur sept ans de service, en périurbain et en rural, cela n'est jamais apparu.
Le repérage laisse-t-il des traces matérielles ?
Non, pas à ma connaissance, et c'est cohérent avec le reste : je n'ai pas eu d'affaire où un repérage ait été établi. Les cambriolages que j'ai traités étaient des faits d'opportunité, ou des séries commises par des groupes qui passaient de maison en maison. Personne, en audition, ne m'a décrit une phase de préparation avec marquage. Chercher des traces de repérage sur ses murs, c'est chercher la trace d'une étape qui, dans ce que j'ai vu, n'a pas eu lieu.
J'ai trouvé une marque à la craie sur mon portail, que faire ?
Commencez par l'explication la plus probable, et de très loin : un repère laissé par un artisan, un releveur de compteur, un livreur, un géomètre, un élagueur, un service de voirie. Ces marques sont partout et personne ne les remarque avant d'avoir lu un article sur les codes de cambrioleurs. Photographiez-la et effacez-la si elle vous gêne. Si quelque chose d'autre vous inquiète — un véhicule, un démarchage insistant, quelqu'un qui prend des photos — c'est cela qu'il faut signaler, pas le symbole.
Pourquoi cette histoire de codes revient-elle si souvent ?
Je n'ai pas d'explication à vous donner, et je ne vais pas en inventer une. Ce que je peux dire, c'est que cette histoire a tout pour circuler : elle est visuelle, elle se partage en une image, elle donne l'impression d'un savoir caché qu'on vient de vous transmettre, et elle fournit une explication rassurante — un plan, des règles — à quelque chose qui, dans ce que j'ai constaté, relève surtout de l'occasion.
Les cambrioleurs repèrent-ils les maisons à l'avance ?
Pas dans les affaires que j'ai eues. Je n'ai eu que des cambriolages d'opportunité ou des séries, sans mis en cause ayant procédé à des repérages. C'est la ligne de ce site qui va le plus franchement contre ce qu'on lit ailleurs, et je la maintiens en précisant son périmètre : c'est mon expérience, sur un secteur périurbain et rural, dans les années 2020. Cela ne dit rien des équipes spécialisées visant des objectifs particuliers, que je n'ai pas eu à connaître.
Faut-il prévenir la gendarmerie si on trouve une marque suspecte ?
Vous ne dérangerez personne en appelant, et il n'y a aucun inconvénient à le faire. Mais soyez conscient de ce que vous signalez : une marque seule ne donnera lieu à rien, parce qu'il n'y a ni infraction, ni auteur, ni élément exploitable. Ce qui se signale utilement, c'est un comportement : un véhicule qui repasse, des personnes qui sonnent partout dans la rue sous un prétexte, quelqu'un qui photographie des façades. Là, il y a quelque chose à raconter.