Prévention Cambriolage

Ce qui se joue avant la porte

Portail, clôture et haie

Un portail fermé change ce qui peut sortir, pas ce qui peut entrer. Et une haie haute vous cache des regards autant qu'elle cache celui qui force votre fenêtre.

Par , ancien gendarme, OPJ et correspondant sûreté Relu en

Mis à jour le

La limite de la propriété est l’endroit où l’on dépense le plus et où l’on raisonne le moins. Trois objets s’y mélangent — le portail, la clôture, la haie — et ils ne font pas du tout le même travail.

Le portail joue sur la sortie, pas sur l’entrée

Commençons par lever le malentendu principal.

Un portail fermé n’arrête personne au sens où on l’imagine : il faut l’enjamber, et l’enjamber ne demande ni outil ni compétence. Sur ce plan, un portail de un mètre soixante et un portail de deux mètres se valent à peu près.

Ce qu’un portail fermé change, en revanche, est très concret : il rend beaucoup plus difficile de faire entrer un véhicule et de charger. Donc d’en ressortir avec ce qui est lourd ou encombrant — l’outillage, la tondeuse, le mobilier, le matériel de jardin, les vélos en nombre.

Il ajoute une seconde chose, qui n’est pas de la résistance mais de la lisibilité : une limite fermée rend le franchissement visible et volontaire. Quelqu’un qui enjambe un portail ne peut plus prétendre s’être trompé d’adresse.

Ces deux effets sont réels, et ce sont deux bonnes raisons de le fermer, y compris quand vous êtes chez vous. Mais soyez clair sur ce que vous achetez : un portail protège votre stock, pas vos ouvertures. Rien de ce qui tient dans un sac ne le remarque.

Deux vérifications qui ne coûtent rien :

  • ferme-t-il réellement ? Un portail dont le pêne ne rentre plus dans sa gâche se pousse à la main. C’est fréquent, et personne ne s’en aperçoit parce qu’on passe toujours par la porte piétonne ;
  • est-il fermé quand vous êtes là ? La partie utile ne fonctionne que dans cette position, et c’est la journée qu’on l’oublie.

Le mur plein et la haie dense : deux effets opposés

C’est l’arbitrage le plus intéressant de tous les abords, parce que les deux camps ont chacun un vrai argument.

Pour la haute clôture : elle rend le repérage plus difficile depuis la rue. On ne voit pas ce qu’il y a, on ne voit pas si quelqu’un est là, on ne voit pas la baie vitrée à l’arrière.

Contre : une fois la limite franchie, elle met celui qui est chez vous à l’abri des regards. Il travaille tranquillement, sans être vu du trottoir ni des voisins, avec tout le temps disponible.

Mon arbitrage, et je vous le donne comme un avis : sans détection à l’intérieur de la propriété, la haie haute dessert plus qu’elle ne sert. Vous échangez un inconvénient au stade du choix de la cible contre un confort considérable au stade du travail sur l’ouverture, et le second pèse plus lourd.

Avec une alarme, la discussion change de nature, parce que la détection ne dépend plus du regard de quelqu’un dehors. Si votre maison est isolée derrière une haie de trois mètres, c’est l’argument le plus solide pour équiper l’intérieur : voir les systèmes anti-intrusion.

Je précise que je n’ai pas de mesure à opposer à une autre. Personne n’a comparé des clôtures entre elles dans une étude que je pourrais vous citer. Ce que je vous livre est un raisonnement, tiré de ce que j’ai vu de la configuration des lieux, et il vaut ce que vaut un raisonnement.

Ce que je conseillerais, si vous construisez

L’ordre de préférence, à mon sens :

  1. une limite réellement difficile à traverser plutôt qu’une limite simplement haute. Une haie dense, épineuse, qu’il faut se frayer, ne joue pas le même rôle qu’un obstacle qu’il suffit d’escalader. C’est la différence entre traverser et monter ;
  2. la hauteur sur les côtés, la visibilité en façade. Gardez un angle de vue depuis la rue sur les ouvertures accessibles de plain-pied, et faites porter l’intimité sur les limites latérales et le fond ;
  3. rien contre la clôture. Ni bac, ni composteur, ni remorque, ni bûcher : tout ce qui est appuyé contre une limite en divise la hauteur par deux. L’INSEE relève que 18 % des ménages cambriolés le sont par escalade d’un balcon ou d’une clôture, et l’escalade commence rarement à mains nues ;
  4. du gravier sur les cheminements latéraux, parce que c’est sonore et que ça ne coûte presque rien. Je vous le donne au titre de ce qui ne peut pas nuire, pas au titre d’une mesure.

Un mot sur le fond de jardin, qui est le point faible de beaucoup de maisons de lotissement : c’est souvent la limite la plus basse, la moins visible et celle qui donne sur un chemin, un champ ou un parking. Regardez votre maison depuis là, une fois. Beaucoup de gens ne l’ont jamais fait.

Les panneaux « chien méchant » et « maison sous alarme »

« Chien méchant » : je n’en sais rien. Je n’ai rien vu passer qui permette de trancher dans un sens ou dans l’autre, et je ne vais pas vous fabriquer un avis. Notez seulement qu’un panneau n’est pas un chien, et qu’un chien n’est pas un dispositif de sécurité — c’est développé sur le chien de garde.

« Maison sous alarme » : je pense qu’il a un effet dissuasif, parce qu’il intervient au moment où une cible se choisit, et que c’est le moment qui compte. C’est une hypothèse cohérente avec ce qu’on sait du ciblage, et elle n’est pas mesurée.

Une réserve, en revanche, sur le panneau sans rien derrière. Si quelqu’un entre malgré tout, plus rien ne le détecte, et vous avez de surcroît donné à vos voisins une raison de ne pas s’inquiéter en entendant du bruit : « il y a une alarme, elle n’a pas sonné ». Le panneau est un complément, pas un substitut.

La co-visibilité entre voisins

On me demande souvent si ce n’est pas, au fond, ce qui protège le mieux. Ma réponse : je ne crois pas, et je ne vais pas le prétendre parce que l’idée est sympathique.

Mais c’est intéressant à mettre en place, et c’est gratuit. Des voisins qui se voient, qui se connaissent et qui se parlent sont le seul dispositif capable de poser une question à quelqu’un qui se trouve dans votre jardin un mardi après-midi.

Concrètement, ce qui se met en place sans rien signer : un échange de numéros de téléphone, une consigne claire — on appelle le 17, on n’entre pas —, et l’habitude de se dire quand on part. Le détail est sur partir en laissant sa maison vide.

Ce que la limite ne fera jamais

Il faut finir par là, parce que c’est ce qui décide du budget.

Aucune clôture ne protège une ouverture. Le portail joue sur le volume de ce qui sort ; la haie joue, dans les deux sens, sur les regards. Ce qui décide du passage une fois la cible retenue, c’est l’ouverture la plus faible — et sur la plupart des maisons, c’est une baie vitrée à l’arrière, tenue par de petits crochets qui s’écartent sans difficulté.

Autrement dit : si votre budget est limité, la clôture vient après. Voir sécuriser une baie vitrée et protéger sa maison avec 500 € pour l’ordre des dépenses.

Pour aller plus loin

Les réponses à vos questions

Une haie haute protège-t-elle des cambriolages ?

Elle a deux effets qui vont en sens contraire, et il faut les peser. Elle rend le repérage plus difficile depuis la rue, ce qui joue en votre faveur. Mais une fois la limite franchie, elle met à l'abri des regards celui qui est chez vous, et c'est le seul endroit du jardin où votre intérêt et le sien se rejoignent. Mon arbitrage, quand il n'y a pas de détection à l'intérieur de la propriété : la haie haute dessert plus qu'elle ne sert. Avec une alarme, la discussion change, parce que la détection ne dépend plus d'un regard extérieur.

Un portail fermé arrête-t-il un cambrioleur ?

Pas au sens où on l'entend : il faut l'enjamber, et l'enjamber ne demande rien de particulier. Ce qu'un portail fermé change, c'est la sortie. Il rend beaucoup plus difficile de faire entrer un véhicule et de charger, donc d'emporter ce qui est lourd ou encombrant — outillage, mobilier, matériel de jardin. C'est un effet réel, et c'est pour cela qu'il faut le fermer, y compris quand on est chez soi. Mais il ne protège pas vos ouvertures, et rien de ce qui tient dans un sac ne le remarque.

Quel type de clôture est le plus dissuasif ?

À mon sens, une haie réellement impénétrable — dense, épineuse, difficile à traverser — plutôt qu'un obstacle simplement haut. La différence est que l'un demande de se frayer un passage, l'autre seulement de monter. Je vous donne cela comme mon avis, pas comme une mesure : je n'ai pas de dossier qui compare des clôtures entre elles, et je me méfierais de quiconque prétend en avoir. Combinez si vous pouvez : une limite difficile à traverser, et une visibilité conservée sur vos ouvertures.

Les panneaux « chien méchant » ou « maison sous alarme » servent-ils ?

Pour le chien méchant, je n'en sais rien, et je n'ai vu passer aucun élément qui permette de trancher. Pour l'alarme, je pense que le panneau a un effet dissuasif : il intervient au moment où la cible se choisit, et c'est le moment qui compte. Attention cependant à ce que vous annoncez — un panneau d'alarme sans alarme derrière vous fait courir un risque supplémentaire si quelqu'un entre malgré tout, puisque plus rien ne le détectera et que vous aurez découragé le voisin d'appeler.

La co-visibilité entre voisins protège-t-elle vraiment ?

Je ne crois pas que ce soit ce qui protège le plus, et je ne vais pas le prétendre pour faire plaisir à l'idée. Mais c'est intéressant à mettre en place, et c'est gratuit : des voisins qui se voient et qui se parlent constituent le seul dispositif qui pose des questions à quelqu'un dans votre jardin. Faites-le, sans en attendre un miracle, et surtout sans demander à personne d'aller voir : prévenir le 17 est le rôle du voisin, pas intervenir.

Faut-il fermer son portail quand on est chez soi ?

Oui, et c'est le geste le moins coûteux de cette page. La partie utile d'un portail — rendre difficile l'entrée d'un véhicule et son chargement — ne fonctionne que s'il est fermé, et un portail qu'on laisse ouvert la journée est un portail ouvert au moment où l'on est le moins attentif. Vérifiez aussi qu'il ferme réellement : un portail qui se pousse parce que le pêne ne rentre plus dans sa gâche est décoratif.

Sources

  1. Sécurité et société, édition 2021 — modes opératoires des cambriolagesINSEE et SSMSI, enquêtes « Cadre de vie et sécurité » 2017-2019 · 2021-12-09

Choisir les finalités

Chaque finalité est indépendante et refusée par défaut. Vous pouvez revenir sur ce choix à tout moment depuis le pied de page.