Prévention Cambriolage

Vous venez d'être cambriolé

Ce qu'il faut avoir photographié avant

Une heure aujourd'hui, et un objet volé peut vous être rendu. La liste à faire, ce qu'il faut noter pour chaque objet, et où la stocker pour qu'elle survive.

Par , ancien gendarme, OPJ et correspondant sûreté Relu en

Mis à jour le

C’est la page la moins agréable du site, et celle qui rapporte le plus. Une heure, une fois, et vous aurez fait la seule chose qui décide vraiment de ce qui peut vous être rendu.

Pourquoi cette heure-là compte

Quand un objet volé réapparaît — dans une saisie, chez un revendeur, dans un coffre de voiture — il faut pouvoir établir qu’il est à vous. Ce n’est pas une formalité : c’est une condition.

Constaté sur le terrain

Des objets volés ont bien été rendus à leur propriétaire, et c’était chaque fois parce que la description était suffisamment précise. Nous avons aussi saisi des objets qui n’ont jamais retrouvé le leur, faute d’une description qui permette de les rattacher à une plainte.

JMancien gendarme, OPJ et correspondant sûreté

Un objet sans identifiant et sans description est saisi, puis suit le circuit judiciaire jusqu’au tribunal. Il existe, il est là, et personne ne peut dire à qui il appartient.

Et il y a le second usage, celui auquel tout le monde pense trop tard : c’est exactement ce que votre assureur vous demandera de produire.

Commencez par un film de dix minutes

Avant toute liste, faites le plus simple. Téléphone en main, filmez lentement chaque pièce : les murs, les étagères, les placards ouverts, les tiroirs tirés, le garage, l’abri de jardin.

Ce film ne remplace pas les photos objet par objet, mais il fait à lui seul un travail que rien d’autre ne fait : il établit que les choses étaient là, et il vous servira de mémoire le jour où il faudra dresser la liste de ce qui manque. Personne ne se souvient de tout dans les heures qui suivent un cambriolage.

Dix minutes. Faites-le maintenant, vous lirez la suite après.

Ensuite, objet par objet

Pour chaque objet qui a une valeur et qui se transporte, il faut deux photographies et, quand il existe, un numéro.

À prendreCe que ça établit
L’objet entier, net, sur fond uniCe que c’est, et dans quel état
Le détail qui le rend reconnaissableQue c’est celui-là et pas un autre
Le numéro de série, lisibleUn rattachement certain, sans discussion
La facture ou le courriel de commandeQu’il était à vous

Le détail qui rend reconnaissable, c’est le point que tout le monde saute. Une rayure sur un capot d’ordinateur, une gravure à l’intérieur d’une alliance, un fermoir réparé, un éclat sur un cadre, une pierre manquante, un autocollant. Un « ordinateur portable gris » ne se retrouve pas. Celui-là, oui.

Ce qu’il faut couvrir, pièce par pièce

Faites le tour dans cet ordre, c’est le plus rapide :

  • le séjour — téléviseur, barre de son, console, ordinateur, appareil photo, objectifs, tablettes, enceintes ;
  • les chambres — bijoux, montres, ordinateurs portables, instruments de musique, consoles portables ;
  • le bureau — disques durs, imprimante, sacs, matériel professionnel ;
  • la salle à manger — argenterie, service, objets d’art, petits meubles de valeur ;
  • l’entrée — manteaux de valeur, sacs, clés de voiture, casques ;
  • le garage et l’abri — vélos, vélos électriques, outillage électroportatif, tondeuse autoportée, matériel de sport, remorque. Cette catégorie est celle qu’on oublie et celle qui coûte le plus cher au mètre carré. Voir l’abri de jardin et les outils.

N’oubliez pas ce qui se trouve dans un abri de jardin et qui intéresse vraiment : les jouets d’enfants, les petites motos, les vélos. Ce n’est pas ce qu’on imagine en parlant d’objets de valeur, et c’est ce qui part.

Le numéro de série : ce qu’il permet, et ce qu’il ne permet pas

Quand un objet porte un numéro de série, notez-le. C’est ce qui permet un rattachement sans discussion : un numéro, une plainte, un propriétaire.

Vous en trouverez sur les téléphones — l’IMEI, que vous obtenez en composant *#06# —, les ordinateurs, les appareils photo et leurs objectifs, les consoles, l’outillage électroportatif, les vélos à assistance électrique, et sur la plupart des appareils sous leur socle ou derrière une trappe de pile.

Vous n’en trouverez pas sur les bijoux, l’argenterie, les objets d’art, les montres anciennes sans papiers. Pour ceux-là, il n’y a pas de substitut à la photographie et au détail particulier.

Une remarque sur les bijoux, parce qu’ils représentent souvent l’essentiel de la valeur emportée et presque toujours l’essentiel de la valeur non retrouvée : photographiez-les à plat, sur un fond uni, avec une pièce de monnaie à côté pour l’échelle, puis en gros plan sur le poinçon et sur le fermoir. Et gardez les certificats avec.

Le marquage : je n’ai pas de réponse

On vous parlera de gravure, de marquage des cycles, de marquage chimique. On vous dira que ça dissuade.

Je n’ai pas constaté de cas où un marquage ait pesé, ni sur la décision d’emporter un objet, ni sur sa restitution. Je ne dis pas que ça ne marche pas : je dis que je n’en sais rien, et que personne ne m’a jamais montré de mesure.

Ce qu’on peut dire sans se tromper, c’est qu’une gravure est un détail particulier supplémentaire, et que les détails particuliers, eux, servent à identifier. Donc si vous gravez, photographiez la gravure. Le bénéfice est là, il est certain, et il ne dépend d’aucune hypothèse sur ce qui se passe dans la tête de quelqu’un devant une étagère.

Les preuves d’achat comptent autant que les photos

C’est la ligne sur laquelle presque tous les dossiers d’assurance butent.

Rassemblez, dans le même dossier que les photos :

  • les factures — y compris les courriels de confirmation de commande, qui font le même office ;
  • les garanties et les emballages conservés, quand ils portent le numéro de série ;
  • les relevés bancaires correspondants, qui se plaident très bien quand la facture a disparu ;
  • pour les bijoux, les certificats et les estimations.

Si vous lisez cette page après un cambriolage et que vous n’avez rien, cherchez d’abord dans vos courriels et vos relevés. C’est là que se trouvent la plupart des preuves que les gens croient avoir perdues.

Un mot sur l’estimation, parce que la question revient toujours : au moment du dépôt de plainte, on ne discute pas de prix, on décrit ce qui a été volé. La valeur est un sujet d’assurance, pas un sujet d’enquête, et les deux se traitent séparément.

Où stocker la liste pour qu’elle survive

Une liste rangée dans le tiroir du bureau part avec le reste. C’est bête, et ça arrive.

Le mieux est un espace de stockage en ligne, avec les photos et les factures au même endroit. Il a un avantage auquel on ne pense pas : il résiste aussi à l’incendie, ce qu’aucun classeur ne fait. Vous pouvez, plus simplement encore, vous envoyer l’ensemble par courriel à vous-même : c’est daté, c’est hors de chez vous, et c’est gratuit.

À défaut, laissez une copie chez un proche, ou sur une clé mémoire qui ne dort pas dans le même logement.

Deux détails pratiques :

  • si votre téléphone sauvegarde automatiquement vos photos en ligne, une bonne partie du travail est déjà faite — vérifiez seulement que la sauvegarde fonctionne vraiment, et qu’elle inclut le dossier où vous rangez ces photos ;
  • mettez à jour la liste une fois par an, et à chaque achat important. Une liste de 2019 ne couvre pas le vélo électrique de 2025.

Le jour où ça arrive

La liste sert à deux moments, et pas au même.

Au dépôt de plainte, elle rend la déclaration exploitable : marque, modèle, numéro, photographie, particularité. C’est ce qui permet qu’un objet vous soit rattaché le jour où il réapparaît. Le détail est sur déposer plainte.

À la déclaration d’assurance, elle établit que vous possédiez bien ce que vous déclarez. C’est le point qui bloque presque tout le monde, et il se prépare avant. Voir l’assurance habitation et le vol.

Et rappelez-vous que la liste du premier jour n’est jamais la bonne : vous allez continuer à découvrir des manques pendant des semaines. Un objet oublié s’ajoute à la procédure, et le complément se signale aussi à l’assureur.

Pour aller plus loin

Les réponses à vos questions

Pourquoi photographier ses objets de valeur avant un cambriolage ?

Parce que sans description précise, un objet retrouvé ne peut pas vous être rendu. Des objets volés qui réapparaissent sont rattachés à leur propriétaire quand la description le permet, et restent sans propriétaire quand elle ne le permet pas. La photographie fait ce travail pour tout ce qui n'a pas de numéro de série : bijoux, argenterie, montres, tableaux. C'est aussi ce que votre assureur réclamera, et à ce moment-là il sera trop tard pour le faire.

Sur quoi le numéro de série sert-il vraiment ?

Sur tout ce qui en porte un et dont le numéro est enregistré quelque part : téléphones, ordinateurs, appareils photo, consoles, outillage électroportatif, vélos immatriculés. Le numéro permet un rattachement certain, sans discussion possible. Sur un bijou, une montre sans papiers, de l'argenterie ou un objet d'art, il n'y a rien de tel : c'est la photographie et le détail particulier qui font tout le travail, et il n'y a pas de substitut.

Comment décrire des bijoux volés ?

Par la photographie, c'est ce qu'il y a de mieux. Photographiez chaque pièce à plat sur un fond uni, avec un objet à côté pour l'échelle — une pièce de monnaie fait l'affaire — puis un gros plan de ce qui la rend unique : une gravure, un poinçon, un fermoir réparé, une pierre manquante, une usure. Ajoutez les certificats et les factures si vous les avez. Une « chaîne en or » ne se retrouve pas ; une chaîne en or photographiée avec son fermoir particulier, oui.

Le marquage des objets a-t-il un effet dissuasif ?

Je n'en sais rien, et je ne vais pas vous inventer une réponse. Je n'ai pas constaté de cas où un marquage ait pesé dans un sens ou dans l'autre, ni sur la décision d'emporter un objet, ni sur sa restitution. Ce qui est sûr, c'est qu'une gravure est un détail particulier de plus, et que les détails particuliers, eux, servent à identifier. Si vous gravez, photographiez la gravure.

Où faut-il stocker la liste de ses objets de valeur ?

Ailleurs que chez vous, et c'est tout l'enjeu. Un espace de stockage en ligne est ce qu'il y a de plus simple, et il a un avantage qu'on oublie : il résiste aussi à l'incendie, ce qu'un classeur dans un placard ne fait pas. À défaut, envoyez-vous l'ensemble par courriel, ou laissez une copie chez un proche. Une liste rangée dans le tiroir du bureau est une liste qui part avec le reste.

Que devient un objet volé qui ne porte aucun identifiant ?

Il est saisi et suit le circuit judiciaire jusqu'au tribunal, faute de pouvoir être rendu à qui que ce soit. Ce sont des objets qui existent, qui sont là, et dont personne ne peut établir la propriété. C'est la raison pratique de toute cette page : l'inventaire ne sert pas à impressionner un enquêteur, il sert à ce que votre objet ne finisse pas dans cette catégorie.

Sources

  1. Cambriolage : réagir et limiter les risquesMinistère de l'Intérieur
  2. Article L113-2 du Code des assurances — déclaration du sinistreLégifrance

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