Prévention Cambriolage

Ce qui se joue avant la porte

L'éclairage extérieur à détecteur de mouvement

Une lumière permet de voir l'intrus, et elle lui donne aussi à voir. Pourquoi personne n'a mesuré l'effet des projecteurs, et ce qu'il faut en attendre.

Par , ancien gendarme, OPJ et correspondant sûreté Relu en

Mis à jour le

C’est l’équipement le plus vendu et le moins documenté de la prévention. Je vais vous dire ce qu’on en sait, ce qu’on n’en sait pas, et pourquoi je ne le financerais pas en premier.

Le mécanisme joue dans les deux sens

On vous présente toujours l’éclairage comme une évidence : la lumière révèle, donc la lumière dissuade. Ce n’est pas faux, et c’est incomplet.

Ce qui m’a été enseigné en formation sûreté, et que je n’ai jamais entendu contredire depuis, tient en deux lignes :

  • ce que la lumière vous donne : elle rend visible celui qui approche, et elle attire le regard au moment où elle s’allume ;
  • ce qu’elle lui donne : une bien meilleure visibilité sur ce qu’il fait. Dans le noir, il est obligé de s’éclairer lui-même — et une lampe torche qui balaie une façade se remarque de très loin.

Un éclairage aux abords d’un site n’est donc pas forcément dissuasif.

Autrement dit, la lumière supprime une contrainte en même temps qu’elle crée un risque. Laquelle des deux l’emporte, personne ne l’a mesuré.

Je tiens à préciser l’origine de ce que je viens d’écrire : cela vient d’une formation, pas d’un dossier. Je vous le donne comme un raisonnement solide, pas comme un constat de première main.

Ce que j’ai constaté, c’est-à-dire rien

Puisque nous parlons de ce que je sais et de ce que je ne sais pas, autant être complet.

Constaté sur le terrain

Je n’ai rien entendu sur l’éclairage extérieur au cours des auditions auxquelles j’ai participé. Ce n’est pas un élément qui revenait, dans un sens comme dans l’autre. Ce qui revenait tenait à l’opportunité et à l’accessibilité d’une ouverture.

JMancien gendarme, OPJ et correspondant sûreté

Une absence n’est pas une preuve, et je ne la présente pas comme telle. Mais elle mérite d’être dite, parce que vous lirez ailleurs des affirmations très assurées sur le comportement des cambrioleurs face à la lumière, et qu’elles ne reposent sur rien de plus que ce que je viens de vous donner.

Vous ne trouverez pas non plus l’éclairage dans les chiffres. L’étude de l’ONDRP mesure l’effet des équipements de fermeture, de l’alarme, de la présence : elle ne mesure pas les projecteurs. Voir ce que les chiffres disent des équipements pour ce qui a réellement été mesuré.

Si un effet existe, il passe par le voisin

Voici ce que je retiens, et c’est la seule chose utile de cette page.

Une lumière qui s’allume brutalement attire un regard. C’est le regard qui compte, pas la lumière. Et cela a trois conséquences pratiques, qui décident de tout :

  1. la question à se poser avant d’acheter n’est pas la puissance, c’est « qui le verra ? » Un projecteur au fond d’un jardin clos de trois mètres de haie, sans vue depuis la rue ni depuis chez le voisin, n’informe personne : il éclaire simplement le travail ;
  2. un détecteur qui s’allume tout le temps ne prévient plus personne. Réglé trop large, il se déclenche à chaque chat, chaque branche, chaque voiture. Au bout de trois semaines, plus personne chez vous ni chez les voisins ne lève la tête ;
  3. la lumière n’informe personne de ce qui se passe. Elle dit qu’il y a quelque chose, pas ce qu’il y a. Un dispositif qui vous prévient, vous, où que vous soyez, c’est une détection — et cela s’appelle autrement.

Éclairage permanent ou détecteur ?

Le raisonnement penche pour le détecteur, parce qu’un changement attire l’attention là où une lumière constante devient un élément du décor au bout de deux nuits. Une borne allumée toute la nuit, on ne la voit plus.

Mais je n’ai pas de mesure à vous donner, et je préfère l’écrire que de trancher comme si j’en avais une.

Comment le régler, si vous en installez

C’est là que presque toutes les installations se perdent, et c’est gratuit à corriger.

RéglageCe qu’il faut viser
OrientationLes cheminements d’approche et les ouvertures accessibles
Ce qu’on exclutLa rue, le trottoir, le jardin du voisin, la voie de passage
SensibilitéBaissée jusqu’à ce que chats, branches et voitures ne déclenchent plus
Durée d’allumageCourte. Une minute suffit à faire tourner une tête
HauteurAssez haut pour couvrir, assez bas pour rester réglable

Le critère de réussite est simple, et vous pouvez le vérifier vous-même : si vous avez cessé de regarder quand ça s’allume, le dispositif ne sert plus à rien. Vos voisins ont cessé avant vous.

Un détecteur bien réglé s’allume deux ou trois fois par nuit, pas quarante.

Pourquoi je ne le financerais pas en premier

Si vous me demandez quel équipement, parmi ceux dont tout le monde dit du bien, ne sert pas à grand-chose, je réponds : les projecteurs.

Je le dis comme une impression, parce que c’est ce que c’est. Je n’ai pas de dossier qui l’établisse, je n’ai pas de mesure, et vous avez le droit de ne pas être d’accord. Mais à budget égal, voici où je mettrais l’argent avant :

  1. un point de fermeture sur l’ouverture réellement accessible — souvent une baie vitrée à l’arrière, tenue par de petits crochets ;
  2. une détection à l’intérieur, qui vous prévient où que vous soyez, ce qu’une lumière ne fait pas ;
  3. une barre sur un volet battant, pour quelques dizaines d’euros ;
  4. et seulement ensuite, l’éclairage.

L’ordre complet est sur protéger sa maison avec 500 €.

Cela dit, un éclairage extérieur a deux mérites que je ne vais pas lui retirer : il est agréable, et il évite de se tordre une cheville en sortant les poubelles. Ce sont de bonnes raisons d’en installer un. Simplement, ce ne sont pas des raisons de sécurité, et il faut savoir laquelle on achète.

Le cas où je changerais d’avis

Il y en a un, et il vaut la peine d’être signalé.

Si votre maison est isolée derrière une clôture haute, sans aucune vue depuis la rue, alors l’argument du regard extérieur tombe complètement — il n’y a plus de regard. Dans cette configuration, ce n’est pas d’éclairage que vous avez besoin, c’est de détection, parce que rien d’autre ne vous informera. C’est développé sur portail, clôture, haie et sur les systèmes anti-intrusion.

À l’inverse, si votre façade est visible de la rue et que vos voisins se sentent concernés, vous disposez déjà du dispositif dont la lumière n’est que le déclencheur. Entretenez celui-là.

Pour aller plus loin

Les réponses à vos questions

Un détecteur de mouvement fait-il fuir un cambrioleur ?

On n'en sait rien, et c'est la réponse honnête. Aucune mesure publiée ne l'établit, dans un sens comme dans l'autre. Le mécanisme joue même dans les deux sens : la lumière révèle celui qui approche, et elle lui donne aussi à voir ce qu'il fait, alors que dans le noir il doit s'éclairer lui-même et que sa lampe se remarque. Si un effet existe, il passe probablement par le regard des voisins et des passants attiré par l'allumage, pas par l'éclairage en lui-même.

Éclairage permanent ou détecteur de mouvement, lequel choisir ?

Le raisonnement penche pour le détecteur, parce qu'un changement attire l'attention là où une lumière constante devient un élément du décor au bout de deux nuits. Mais ce n'est qu'un raisonnement : je n'ai pas de mesure à vous opposer, et je préfère le dire plutôt que de trancher avec autorité. Si vous installez un détecteur, tout dépend du réglage, et c'est là que la plupart des installations se perdent.

Comment régler un éclairage à détecteur de mouvement ?

Au terrain utile, pas au maximum. Visez les cheminements d'approche et les ouvertures accessibles, en excluant la rue, le trottoir et le jardin du voisin. Baissez la sensibilité jusqu'à ce que les chats, les branches et les voitures qui passent ne déclenchent plus rien. Une durée d'allumage courte suffit. Le critère de réussite est simple : si vous avez cessé de regarder quand ça s'allume, vos voisins aussi, et le dispositif ne sert plus à rien.

Faut-il investir dans des projecteurs extérieurs pour se protéger ?

À mon avis, non, pas en priorité. C'est même, de tous les équipements, celui dont j'entends le plus de bien au regard de ce que j'en ai vu donner, et j'en parle comme d'une impression, pas comme d'un constat. À budget égal, un point de fermeture supplémentaire sur l'ouverture la plus accessible, ou une détection à l'intérieur du logement, me paraissent mieux placés. L'éclairage vient après, et il a d'autres mérites : le confort, et ne pas se casser la figure en rentrant les poubelles.

Les cambrioleurs parlent-ils de l'éclairage en audition ?

Je n'ai rien entendu là-dessus. C'est une absence de constat, pas une preuve, et je la livre pour ce qu'elle vaut : sur les auditions auxquelles j'ai participé, l'éclairage extérieur n'est jamais apparu comme un élément qui aurait pesé dans un sens ou dans l'autre. Ce que j'entendais, en revanche, tenait à l'opportunité et à l'accessibilité d'une ouverture.

Une lumière qui s'allume protège-t-elle si personne ne la voit ?

Non, et c'est le point qui décide de tout le reste. Un projecteur au fond d'un jardin clos de trois mètres de haie, sans aucune vue depuis la rue ni depuis chez le voisin, n'informe personne : il éclaire simplement le travail. La question à se poser avant d'acheter n'est pas « quelle puissance ? » mais « qui verra que ça s'est allumé ? ». Si la réponse est personne, l'argent est mieux placé sur une ouverture ou sur une détection.

Sources

  1. Le rôle des éléments de sécurité face aux cambriolages — Grand Angle n° 40ONDRP, avec l'INSEE (enquête « Cadre de vie et sécurité ») · 2016-12

Les estimations chiffrées de cette page proviennent d'une étude observationnelle publiée en 2016 à partir de données 2007-2015. Elles montrent une association statistique, pas une garantie individuelle.

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