Partir en laissant sa maison vide
La résidence secondaire
Elles n'étaient pas visitées différemment des maisons habitées, et pas plusieurs fois de suite. Ce qui change vraiment : le délai avant la découverte.
Par JM, ancien gendarme, OPJ et correspondant sûreté Relu en
Mis à jour le
On raconte beaucoup de choses sur les maisons inoccupées, et je vais commencer par celle qui va vous surprendre.
Une résidence secondaire n’était pas visitée différemment
Constaté sur le terrain
Sur les résidences secondaires de mon secteur, je n’ai pas constaté de différence avec une résidence principale : ni mode opératoire particulier, ni attention spéciale. Et celles que nous avons eu à connaître avaient été visitées une seule fois, pas plusieurs fois de suite.
Deux affirmations courantes tombent d’un coup : la maison de vacances ne serait pas ciblée autrement, et elle ne serait pas revisitée méthodiquement.
Je donne cela pour ce que c’est : mon expérience, sur un secteur périurbain et rural, et non une statistique nationale. Mais c’est exactement le genre d’affirmation qu’on lit partout sans jamais voir de source, et quand je peux opposer un constat à un discours, je le fais.
La conséquence pratique est agréable : vous n’avez pas besoin d’un régime spécial. Ce qui protège une maison habitée protège une résidence secondaire, et la page ce qui se joue avant la porte vaut telle quelle.
Ce qui change vraiment : le délai
La différence n’est pas dans la façon d’entrer. Elle est dans le temps qui passe avant que quelqu’un s’en aperçoive — et ce temps se paye au moment de l’enquête.
Voici le mécanisme, et il est plus important que tout le reste de cette page.
Tant que les faits sont signalés dans les vingt-quatre heures, sauf force majeure, l’enquête se mène dans le cadre de la flagrance, qui ouvre à l’officier de police judiciaire des actes que l’enquête ordinaire ne permet pas. Ce délai court depuis votre signalement, pas depuis les faits.
Autrement dit : que le cambriolage ait eu lieu il y a six semaines n’est pas ce qui décide. Ce qui décide, c’est ce que vous faites dans l’heure qui suit votre arrivée.
Donc, en ouvrant la porte et en comprenant ce qui s’est passé :
- ne rentrez pas, et ressortez si vous êtes déjà entré ;
- appelez le 17 depuis l’extérieur, tout de suite ;
- ne rangez rien, n’appelez pas votre assureur d’abord, n’attendez pas d’être rentré chez vous.
Le détail des gestes est sur vous venez d’être cambriolé, et le trajet de la plainte sur déposer plainte.
Je ne peux rien vous dire sur ce que ce délai change du côté de l’assurance : ce n’est pas mon domaine, et votre contrat est la seule source qui vaille. Voir l’assurance habitation et le vol.
Commencez par le périmètre
Ce que je conseillais aux propriétaires tient en deux mots : une alarme, et vérifier le périmétrique.
Le second point est celui qu’on saute. Faites le tour de la maison à pied, par l’extérieur, en cherchant une seule chose : l’ouverture réellement accessible. Ce n’est presque jamais la porte d’entrée.
Ce qui revient, sur les maisons que j’ai visitées :
- une baie vitrée à l’arrière, de plain-pied, à l’abri des regards ;
- les petits crochets qui ferment les baies coulissantes, très répandus et qui s’écartent sans difficulté. C’est le défaut que les propriétaires ne voient jamais chez eux et qu’on repère immédiatement ;
- une fenêtre de cellier ou de salle d’eau, restée entrebâillée depuis l’été ;
- un volet battant sans barre, sur une façade non visible ;
- une dépendance qui communique avec la maison.
Traitez celle-là avant tout le reste. Voir sécuriser une baie vitrée et le système de verrouillage pour baie coulissante.
Une alarme, oui, mais pour prévenir qui ?
C’est le point où beaucoup d’installations de résidence secondaire ratent leur cible.
Dans une maison isolée, une sirène n’informe personne. Et j’ai un constat précis à opposer à l’idée qu’elle finira bien par alerter quelqu’un :
Constaté sur le terrain
Les fausses alarmes arrivent souvent, et le résultat est qu’on ne prête plus attention à un déclenchement. C’est ce que nous observions dans les zones où les sirènes se déclenchaient régulièrement.
Ce qui compte, donc, n’est pas le bruit : c’est la transmission. Une alerte qui vous parvient là où vous êtes, et quelqu’un sur place capable d’aller ouvrir.
Deux choses à vérifier avant d’acheter :
- que la couverture correspond au périmètre réel — une détection qui ne voit pas la baie vitrée de l’arrière ne voit rien d’utile ;
- que la maison a l’alimentation et le réseau nécessaires, ce qui n’est pas acquis dans une maison fermée six mois par an. C’est le premier point à éclaircir, avant le choix du matériel.
Sur la levée de doute, j’ai une observation utile : nous étions souvent appelés pour des alarmes en cours, et ça motive une intervention. Savoir que quelqu’un est peut-être encore sur place change l’urgence, et donc la vitesse d’arrivée. C’est un argument réel en faveur de la télésurveillance, à mettre en face de son coût : voir le comparatif télésurveillance et ce que coûte un abonnement.
Quelqu’un sur place, mais pas pour surveiller
On me demande souvent si confier la maison à un voisin fonctionne. Comme surveillance, je ne crois pas : personne ne peut tenir une vigilance dans le temps sur une maison qui n’est pas la sienne, et personne ne devrait s’y sentir tenu.
Mais mettez-le au courant, et donnez-lui votre numéro. Ce que vous attendez de lui n’est pas de voir, c’est de prévenir.
Ce qui est utile, en revanche, et gratuit : qu’il relève le courrier, qu’il sorte la poubelle une fois, qu’il gare sa voiture devant de temps en temps. Ce sont des signes de vie, pas de la surveillance. Le raisonnement complet est sur partir en laissant sa maison vide.
Ce qu’il ne faut pas y laisser
Question qu’on me posait : y a-t-il des objets qu’il ne faut simplement pas laisser sur place ? Ma réponse était plutôt qu’un coffre-fort avec une alarme derrière est ce qu’il y a de mieux — le coffre demande du temps, l’alarme le réduit, et l’un ne vaut pas grand-chose sans l’autre.
Mais il y a une réponse plus simple, en amont : ce qui est irremplaçable ne reste pas dans une maison que vous ne voyez pas pendant trois mois.
- les papiers et documents administratifs ;
- les bijoux et objets de famille, qui sont précisément ce qui ne se retrouve pas ;
- les doubles de clés de votre résidence principale, avec ou sans étiquette — c’est le point auquel personne ne pense, et il transforme un cambriolage en deux ;
- les disques de sauvegarde et les appareils qui contiennent vos données ;
- les clés de véhicule, si vous laissez un véhicule sur place.
Et pour ce qui reste, prenez une heure : photographies, numéros de série, factures. C’est encore plus utile ici qu’ailleurs, parce que vous serez incapable de dresser la liste de ce qui manque dans une maison que vous n’habitez pas. Voir la liste des objets à photographier avant.
La demi-journée qui sert le plus
À votre prochain passage, dans cet ordre :
- Tour extérieur, à la recherche de l’ouverture accessible. Traitez-la.
- Vérifiez les crochets des baies coulissantes, sur toutes.
- Rentrez l’échelle, écartez le mobilier de jardin des façades.
- Faites l’inventaire photographique, pièce par pièce.
- Emportez ce qui est irremplaçable.
- Échangez vos numéros avec un voisin, avec la consigne du 17.
Ensuite seulement, posez la question de l’alarme, en sachant qu’elle doit transmettre et pas seulement sonner.
Pour aller plus loin
- Partir en laissant sa maison vide — les signes d’absence
- L’Opération Tranquillité Vacances — ce qu’elle fait, et ce qu’elle ne fait pas
- Simuler une présence — ce qu’on en sait
- Les systèmes anti-intrusion — alarme, transmission, levée de doute
Les réponses à vos questions
Une résidence secondaire est-elle plus exposée aux cambriolages ?
Sur mon secteur, je n'ai pas constaté qu'elles étaient visitées différemment d'une résidence principale : ni un mode opératoire particulier, ni une attention spéciale. C'est une réponse qui va contre le discours habituel, et je la donne pour ce qu'elle est — mon expérience, sur un secteur périurbain et rural, pas une statistique nationale. Ce qui les distingue n'est donc pas la façon dont on entre, c'est le temps qui passe avant que quelqu'un s'en aperçoive.
Une maison inoccupée est-elle cambriolée plusieurs fois de suite ?
Ce n'est pas ce que j'ai vu : les résidences secondaires que j'ai eu à connaître avaient été visitées une seule fois. C'est contre-intuitif, puisqu'on imagine volontiers qu'une maison vide et connue pour telle serait revisitée. Je ne l'ai pas constaté, et je ne vais pas vous fabriquer une menace pour vous vendre un équipement. Cela ne dispense pas de refermer correctement après des faits, évidemment.
Pourquoi faut-il appeler le 17 dès l'arrivée, même pour un cambriolage ancien ?
Parce que le délai qui décide du cadre d'enquête court depuis votre signalement, pas depuis les faits. Si vous signalez dans les vingt-quatre heures qui suivent la découverte, l'enquête peut se mener en flagrance, avec des actes que l'enquête ordinaire ne permet pas. Si vous rangez d'abord, si vous appelez votre assureur avant, si vous attendez de rentrer chez vous, ce cadre tombe. C'est la seule chose que vous décidez encore en arrivant devant la porte ouverte.
Le gardiennage par un voisin fonctionne-t-il ?
Comme surveillance, je ne crois pas : personne ne peut tenir dans le temps une vigilance sur une maison qui n'est pas la sienne, et personne ne devrait s'y sentir tenu. En revanche, mettez ce voisin au courant de vos absences et donnez-lui votre numéro, avec une consigne simple : il appelle le 17, il n'entre pas. Un voisin joignable vaut davantage qu'un voisin vigilant, parce que ce qu'on attend de lui n'est pas de voir mais de prévenir.
Faut-il une alarme dans une résidence secondaire ?
C'est ce que je conseillais, avec une précision qui change tout : l'utile n'est pas la sirène, c'est la transmission. Une sirène dans une maison isolée n'informe personne, et je peux vous dire ce qu'il advient des déclenchements dans une zone où les fausses alarmes sont fréquentes : on cesse d'y prêter attention. Ce qu'il faut, c'est une alerte qui vous parvienne là où vous êtes, avec quelqu'un sur place capable d'ouvrir. Vérifiez aussi le périmétrique : une détection qui ne couvre pas la baie vitrée de l'arrière ne couvre rien.
Faut-il laisser un coffre-fort dans une résidence secondaire ?
Mon avis : un coffre-fort n'a de sens qu'avec une alarme derrière, parce que le temps disponible est exactement ce qui manque à l'un et ce que l'autre réduit. Mais la vraie réponse est en amont : ce qui est irremplaçable ne reste pas dans une maison que vous ne voyez pas pendant trois mois. Papiers, bijoux de famille, disques de sauvegarde, doubles de clés de votre résidence principale : tout cela rentre avec vous, et il n'y a pas de coffre à acheter.
Sources
- L'enquête de flagrance — cadre, et délai de signalement
- Cambriolage : réagir et limiter les risques