Ce que les chiffres disent vraiment des équipements de sécurité
Alarme, porte renforcée, digicode : ce que l'étude ONDRP-INSEE observe pour chacun. Les chiffres, leurs limites, et ce que vous pouvez en faire chez vous.
Par JM, ancien gendarme, OPJ et correspondant sûreté Relu en
Mis à jour le
Vous vous êtes sûrement déjà demandé quel impact réel pouvait avoir l’achat d’une alarme, ou d’une porte blindée, sur le risque de se faire cambrioler. Vous avez lu mille et une façons de vous protéger. Mais quel est l’effet mesuré de ces équipements ?
Cette page part de la seule étude française qui ait posé cette question sérieusement.
Sur quoi reposent ces chiffres
Ils viennent du Grand Angle n° 40 de l’ONDRP, signé Amandine Sourd et Vincent Delbecque, publié en décembre 2016. Il exploite l’enquête « Cadre de vie et sécurité » menée avec l’INSEE auprès de 150 000 personnes entre 2007 et 2015.
Elle ne compte pas les cambriolages. Elle mesure, à situation comparable, de combien la présence d’un équipement change la probabilité qu’un intrus entre réellement chez vous. C’est exactement ce qu’on veut savoir avant d’acheter.
Ce que l’étude observe, équipement par équipement
| Situation ou équipement | Probabilité d’intrusion observée |
|---|---|
| Porte blindée ou serrure renforcée + alarme + digicode, en appartement | −85 % |
| Porte blindée ou serrure renforcée + alarme + digicode, en maison individuelle | −66 % |
| Présence d’une personne dans le logement, en maison individuelle | −55 % |
| Alarme, en appartement | −47 % |
| Alarme, en maison individuelle | −34 % |
| Porte blindée ou serrure renforcée | −24 à −27 % |
Deux réserves, et elles comptent.
D’abord, le questionnaire de l’enquête regroupe « porte blindée » et « serrure renforcée » dans une même réponse. Ces chiffres ne mesurent donc pas le rendement d’une porte blindée à plusieurs milliers d’euros : ils mesurent celui d’une porte renforcée, quel qu’en soit le moyen. C’est une bonne nouvelle pour votre budget, pas une mauvaise.
Ensuite, il s’agit d’une étude observationnelle : elle établit une association statistique entre un équipement et un risque plus faible, pas une garantie individuelle. Les logements équipés diffèrent peut-être des autres par ailleurs.
Enfin, ces chiffres portent sur une étape précise, celle de l’entrée : ils disent de combien baisse la probabilité que l’auteur, une fois le logement visé, entre effectivement dedans. Ils ne disent pas de combien baisse le risque d’être cambriolé. Et l’effet n’est pas le même en maison et en appartement : l’étude donne deux séries de résultats, jamais une seule.
Trois choses en ressortent, et elles vont à l’encontre de ce qu’on lit habituellement.
L’alarme est ce qui marche le mieux, et c’est ce qu’on installe le moins
C’est le résultat le plus net de l’étude, et le plus ignoré.
Pourtant, une alarme ne renforce rien du tout. Elle ne fait pas gagner une seconde. Son intérêt vient d’ailleurs : elle prévient le cambrioleur qu’il a été repéré. Or il ne sait pas qui a été alerté, ni dans combien de temps quelqu’un arrivera.
Sur ce qu’il fait à ce moment-là, je ne vais pas vous donner un pourcentage que personne n’a mesuré. Ce que j’ai constaté est plus modeste et plus utile : les maisons équipées d’une alarme pouvaient être visitées rapidement, mais les auteurs n’y prenaient pas grand-chose. Le temps passé sur place est ce qui se réduit, et c’est déjà beaucoup.
C’est la combinaison qui protège, pas l’empilement
Porte renforcée, alarme et digicode réunis atteignent 66 % en maison individuelle et près de 85 % en appartement, bien au-delà de leur simple addition. La raison est simple : ces trois-là ne traitent pas le même problème. L’un retarde, l’autre détecte, le troisième filtre l’accès.
Poser trois serrures sur la même porte, à l’inverse, ne fait que renforcer un point déjà solide pendant que la fenêtre du rez-de-chaussée s’ouvre à un tournevis !
Près d’une maison sur deux n’a rien du tout
L’étude dresse aussi l’état des lieux : près de la moitié des maisons ne disposent d’aucun équipement de sécurité. Pour les appartements le chiffre est comparable, si l’on met de côté le digicode de l’immeuble — qui ne protège pas votre logement, seulement le hall.
La porte blindée s’est bien diffusée. Les caméras et surtout les alarmes restent marginales. Autrement dit : ce qui marche le mieux est ce qu’on achète le moins.
Ce que l’étude ne dit pas
Elle ne dit pas qu’un logement équipé est protégé. Elle dit qu’il est moins souvent pénétré. Aucun de ces chiffres ne descend à zéro, et aucun logement n’est inviolable.
Elle ne mesure pas non plus le temps de résistance de chaque matériel, ni la qualité de la pose. Ce sont pourtant deux facteurs déterminants, et je peux vous dire qu’un bon verrou mal posé ne protège personne.
Elle ne dit pas non plus quand. Les chiffres de cette page valent pour un logement, pas pour un moment de l’année ni pour une heure de la journée — or c’est souvent la vraie question du lecteur, et la réponse que j’en ai n’est pas celle qu’il attend. Les plus fortes périodes que j’aie connues en service n’étaient pas l’été : quand les cambriolages ont lieu donne la saison, l’heure, et ce qui en découle pour ce que vous installez.
Enfin, elle montre que des revenus élevés augmentent la probabilité d’être cambriolé. Ça rappelle une évidence : mettez en rapport ce que vous protégez et ce que vous dépensez. Il est inutile d’enfermer un portefeuille vide dans un coffre-fort inviolable.
Comment appliquer ces chiffres chez vous
L’ordre découle directement de l’étude.
1. Trouvez votre point le plus faible. Une fois le logement ciblé, l’ouverture la plus rapide à forcer décide souvent du passage. Tant que vous ne savez pas laquelle c’est chez vous, tout achat est un pari. Le guide en 4 étapes vous fait faire le tour de chez vous comme je le faisais en visite de prévention.
2. Installez de quoi détecter. C’est le meilleur rapport efficacité/prix de l’étude, et le plus négligé. Les systèmes anti-intrusion · Les alarmes sans abonnement
3. Traitez les ouvertures, en commençant par la plus faible. Chez 64 % des ménages cambriolés, une porte a été forcée ou l’on a tenté de la forcer ; 23 % ont eu une fenêtre brisée, et 18 % ont subi une escalade de balcon ou de clôture. Le total dépasse 100 % : un même cambriolage combine souvent plusieurs méthodes.
- Sécuriser la porte d’entrée — le cylindre est presque toujours le maillon faible, et c’est la pièce la moins chère à changer
- Sécuriser les fenêtres — décisif au rez-de-chaussée
- Protéger les volets — le roulant se soulève, le battant s’écarte
- Sécuriser la baie vitrée — grande, accessible, et presque jamais équipée
4. Adaptez à votre budget. Le minimum utile · Ce qu’on couvre avec 500 €
Trois pages pour s’y retrouver
Ce tableau dit ce que l’étude a mesuré. Trois autres pages disent ce qu’on en fait, et ce qu’elle ne mesure pas :
- Quel équipement pour quel effet — chaque dispositif face à ce qu’il traite réellement, retarder, détecter ou signaler, et les cases vides qui sont le vrai enseignement du tableau
- Par quoi commencer — le premier achat selon votre logement, parce qu’il n’est pas le même en maison isolée et en appartement
- Le glossaire — A2P, pêne, dormant, huisserie, classe de résistance : les mots dont on se sert ici, définis une fois pour toutes
Les réponses à vos questions
L'alarme est-elle vraiment efficace contre les cambriolages ?
C'est l'équipement le mieux classé de l'étude ONDRP : 34 % d'intrusions en moins observées en maison, 47 % en appartement, sur une étude observationnelle de 2016 qui montre une association statistique et non une garantie individuelle. Elle ne retarde pourtant l'effraction d'aucune seconde. Son intérêt vient d'ailleurs : elle signale au cambrioleur qu'il est repéré. Ce que j'ai constaté en service, c'est que les maisons avec alarme pouvaient être visitées rapidement, mais que les auteurs n'y prenaient pas grand-chose.
Une porte blindée suffit-elle à protéger une maison ?
Non. L'étude observe une probabilité d'intrusion inférieure de 24 à 27 % avec une porte renforcée, ce qui est réel mais partiel. Un cambrioleur choisit l'ouverture la plus rapide à forcer : si vous blindez la porte sans toucher aux fenêtres, aux volets ou à la baie vitrée, vous déplacez simplement le point d'entrée.
Faut-il rendre ses équipements de sécurité visibles de l'extérieur ?
L'étude conclut que l'effet mesurable des dispositifs visibles reste limité, tout en reconnaissant un possible effet dissuasif. Autrement dit : un autocollant d'alarme sur une porte faible ne remplace pas un bon cylindre, même discret.
Un logement déjà cambriolé risque-t-il de l'être à nouveau ?
La mesure porte sur les quartiers et non sur les adresses : l'étude relève que les quartiers déjà touchés sont plus susceptibles de l'être encore, ce qui est une raison de sécuriser vite après des faits plutôt que de considérer que le risque est passé. Pour le logement lui-même, c'est un autre énoncé : le retour des mêmes auteurs chez la même personne n'est pas quelque chose que j'ai souvent constaté en service. La page « est-ce qu'ils reviennent » traite cette question à part.
Les chiffres de cette étude sont-ils encore valables ?
L'étude date de décembre 2016, sur des données 2007-2015. Les volumes de cambriolages ont évolué depuis, mais ce qu'elle mesure — l'effet relatif de chaque équipement — dépend de techniques d'effraction qui, elles, n'ont pas bougé. Un cylindre, un vantail et un vitrage cèdent aujourd'hui comme ils cédaient alors.
Sources
- Le rôle des éléments de sécurité face aux cambriolages — Grand Angle n° 40, A. Sourd et V. Delbecque
- Sécurité et société, édition 2021 — modes opératoires des cambriolages
- Cambriolage : réagir et limiter les risques
Les estimations chiffrées de cette page proviennent d'une étude observationnelle publiée en 2016 à partir de données 2007-2015. Elles montrent une association statistique, pas une garantie individuelle.