Prévention Cambriolage

Partir en laissant sa maison vide

L'Opération Tranquillité Vacances, vue de l'intérieur

Des passages aléatoires, depuis l'extérieur, et pas de surveillance. Ce que l'OTV fait et ne fait pas, raconté par un ancien gendarme qui traitait les demandes.

Par , ancien gendarme, OPJ et correspondant sûreté Relu en

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L’Opération Tranquillité Vacances est le dispositif de prévention le plus connu de France, et celui sur lequel il se raconte le plus de choses fausses. J’ai traité ces demandes, et je vais vous dire exactement ce qu’il leur arrive.

Ce qui se passe quand votre demande arrive

Vous remplissez un formulaire, vous le déposez, et vous partez rassuré. Voici la suite, du côté du service.

Constaté sur le terrain

Chez nous, une demande d’OTV arrivait dans un classeur, puis était renseignée dans notre logiciel. Cela s’arrêtait là. Les contrôles effectifs étaient peu nombreux, et cela dépendait beaucoup des compagnies.

JMancien gendarme, OPJ et correspondant sûreté

Ce n’est pas de la mauvaise volonté. Une brigade a un nombre de patrouilles fini et une liste d’urgences qui ne baisse pas. Un passage devant une maison vide est, dans cette liste, ce qui cède en premier.

Je l’ai vécu de l’autre côté aussi, comme une charge : c’était lourd dans les patrouilles pour pas grand-chose, et nous ne passions pas souvent vérifier.

À quoi ressemble un passage OTV

Trois caractéristiques, et elles expliquent tout :

  • c’est aléatoire. Pas d’heure, pas de rythme, pas de nombre de passages garanti. Cela dépend des effectifs, des urgences et des personnes de service ;
  • c’est depuis l’extérieur. Personne ne franchit votre portail, personne ne va voir l’arrière de la maison, là où se trouve précisément la baie vitrée qui vous inquiète ;
  • ce n’est pas une surveillance. Il n’y a ni garde, ni caméra, ni astreinte attachée à votre adresse.

Sur ce dernier point, l’écart entre ce que les gens imaginent et ce qui existe est considérable. Ce qu’ils croient obtenir, c’est une surveillance permanente. Ce qu’ils obtiennent, c’est le passage d’un véhicule, peut-être, un jour, dans leur rue.

Est-ce que ça marche ?

Je vais répondre franchement, parce que c’est ce qui manque partout ailleurs.

Constaté sur le terrain

Je n’ai pas le souvenir d’une inscription à l’Opération Tranquillité Vacances qui ait permis de repérer une intrusion, de constater une tentative ou de prévenir quelqu’un à temps. Sur des passages qui se font depuis la voie publique, à des moments non prévisibles, il faut vraiment beaucoup de chance pour tomber sur des faits en cours.

JMancien gendarme, OPJ et correspondant sûreté

Son efficacité reste donc à démontrer, et je ne connais aucune mesure publiée qui l’établisse — dans un sens comme dans l’autre. Ce n’est pas la même chose que dire qu’elle ne sert à rien : c’est dire qu’on n’en sait rien, et je préfère vous le dire plutôt que de vous servir un chiffre inventé.

Ce qu’on peut raisonnablement avancer : un véhicule sérigraphié qui passe dans une rue pendant une absence peut peser sur le choix d’une cible. C’est cohérent avec ce qu’on sait du ciblage, et ce n’est pas démontré.

Alors ça reste gratuit, ça prend dix minutes, et ça ne fait de mal à personne. Pourquoi ne pas en profiter ?

Le vrai danger de l’OTV n’est pas son inutilité

C’est qu’elle rassure.

Quelqu’un qui s’est inscrit part avec le sentiment d’avoir fait le nécessaire. Si cette inscription a pris la place du tour des ouvertures, du rangement de l’échelle et du coup de téléphone au voisin, elle lui a coûté quelque chose.

Comment s’inscrire, et ce qui compte dans le formulaire

L’inscription se fait à la brigade de gendarmerie ou au commissariat de votre domicile, ou en ligne depuis le site officiel. Officiellement, il n’y a pas de différence de dispositif entre zone police et zone gendarmerie ; en pratique, le traitement dépend des unités, et vous ne pouvez pas le savoir de l’extérieur.

Le formulaire est court et il est bien conçu. Je n’ai pas de reproche à lui faire, et je ne vois pas de case que les gens remplissent mal. Trois points méritent tout de même votre attention.

Ce qu’on vous demandeCe qu’il faut y mettre
Adresse exacteY compris le bâtiment, l’étage, la couleur du portail s’il y a un doute
Dates de l’absenceLes vraies, et signalez un retour anticipé
Téléphone joignableUn numéro que vous décrocherez à l’étranger
Personne à contacter sur placeVoir juste en dessous, c’est la plus utile

Faites-le avant de partir, pas la veille au soir dans la précipitation.

La seule case qui change quelque chose

C’est celle du contact sur place.

Imaginez la situation du côté du service : un passage révèle un volet forcé. Si personne n’est joignable et que personne n’a les clés, le constat est fait et l’affaire s’arrête là, pendant que vous êtes à sept cents kilomètres.

Laissez donc le nom et le numéro de quelqu’un qui est sur place et qui peut entrer. Et prévenez cette personne de deux choses : elle appelle le 17, et elle n’entre pas pour vérifier par elle-même.

Je ne vous demande pas cela par excès de prudence. Quelqu’un qui pousse une porte pour voir si tout va bien se met à la place de la personne qui va se trouver nez à nez avec quelqu’un. Son rôle est de prévenir, pas de constater.

Un mot sur la saison

Le dispositif s’appelle « vacances », et il est associé à l’été. Ce n’est pas l’image que j’en ai gardée.

Les plus fortes périodes de cambriolage que j’ai connues étaient en hiver : la nuit tombe à dix-sept heures, les gens sont encore au travail, et on passe avant leur retour. La période de Noël s’y ajoute, avec des cadeaux déjà achetés et des nuits longues.

Une absence d’été se voit, c’est vrai, et trois semaines se voient plus qu’un week-end. Mais si vous ne devez retenir qu’une saison pour faire attention, ce n’est pas celle du formulaire.

Ce qu’il faut faire à la place, ou plutôt en plus

L’inscription prend dix minutes. Consacrez les cinquante suivantes à ce qui suit, dans cet ordre :

  1. le tour extérieur, pour trouver l’ouverture réellement accessible — c’est presque toujours à l’arrière, et souvent une baie vitrée. Voir ce qui se joue avant la porte ;
  2. rentrer l’échelle, l’escabeau, l’outillage et le mobilier de jardin qui dort sous une fenêtre ;
  3. faire entrer quelqu’un dans la boucle : un voisin qui relève le courrier et qui passe, c’est le levier le plus fort dont vous disposez ;
  4. supprimer les signes d’absence : courrier qui déborde, volets fermés en plein jour, poubelle jamais sortie.

Le détail est sur protéger sa maison pendant les vacances.

Pour aller plus loin

Les réponses à vos questions

L'Opération Tranquillité Vacances est-elle une surveillance de mon domicile ?

Non, et c'est le malentendu principal. Il n'y a ni garde, ni caméra, ni rondes à heure fixe. Ce sont des passages de patrouille non prévisibles, depuis la voie publique, quand le service en a le temps. Personne ne franchit votre portail, personne ne regarde derrière la maison. Beaucoup de gens s'inscrivent en croyant obtenir une surveillance permanente, et repartent tranquilles sur la base de quelque chose qui n'existe pas.

Combien de passages pendant trois semaines d'absence ?

Il n'y a pas de réponse, et c'est la réponse honnête : c'est complètement aléatoire. Cela dépend des effectifs disponibles, des urgences en cours et, franchement, des personnes de service. Un cambriolage qui a déjà eu lieu n'est plus une urgence, mais une intervention en cours l'est, et elle passe avant un passage de courtoisie. N'attendez pas un rythme, il n'y en a pas.

Faut-il s'inscrire à l'OTV, alors ?

Oui, parce que c'est gratuit et que ça prend dix minutes. Un véhicule sérigraphié qui passe dans votre rue pendant votre absence peut avoir un effet dissuasif, et cet effet, personne ne l'a mesuré dans un sens ni dans l'autre. Le vrai risque de l'OTV n'est pas qu'elle soit inutile, c'est qu'elle rassure : si vous partez plus tranquille sans avoir traité vos ouvertures, l'inscription vous a coûté quelque chose.

Y a-t-il une différence entre zone police et zone gendarmerie ?

Officiellement non : le dispositif est le même et le formulaire est commun. En pratique, le traitement dépend beaucoup des unités et de leur charge du moment. Ce n'est pas une question de statut, c'est une question de moyens locaux, et vous n'avez aucun moyen de le savoir depuis chez vous.

Faut-il laisser le contact d'un proche sur la demande ?

Oui, et c'est la case la plus utile du formulaire. Si un passage révèle quelque chose — un volet forcé, une porte ouverte — il faut quelqu'un de joignable, sur place, qui ait les clés. Sans ce contact, le constat est fait et l'affaire s'arrête là, pendant que vous êtes à sept cents kilomètres. Prévenez la personne que vous donnez son numéro, et vérifiez qu'elle sait quoi faire : appeler le 17, et surtout ne pas entrer.

L'été est-il vraiment la période la plus risquée ?

Non, et c'est le paradoxe d'un dispositif qui s'appelle « vacances ». Les plus fortes périodes de cambriolage que j'ai connues étaient en hiver, quand la nuit tombe à dix-sept heures et que les gens sont encore au travail : on passe avant leur retour. La période de Noël s'y ajoute, avec des cadeaux déjà achetés et des nuits qui durent. Une absence d'été se voit, c'est vrai. Mais si vous ne devez retenir qu'une saison, ce n'est pas celle-là.

Sources

  1. S'inscrire à l'opération tranquillité vacances (OTV) — le service en ligneService-Public.gouv.fr — Direction de l'information légale et administrative
  2. Opération Tranquillité Vacances — présentation de la démarcheMinistère de l'Intérieur
  3. Le rôle des éléments de sécurité face aux cambriolages — Grand Angle n° 40ONDRP, avec l'INSEE (enquête « Cadre de vie et sécurité ») · 2016-12

Les estimations chiffrées de cette page proviennent d'une étude observationnelle publiée en 2016 à partir de données 2007-2015. Elles montrent une association statistique, pas une garantie individuelle.

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