Ce que les chiffres disent vraiment des équipements de sécurité
Quand les cambriolages ont lieu, et pourquoi ce n'est pas l'été
La saison la plus chargée que j'aie connue en gendarmerie n'était pas l'été, c'était l'hiver, à la tombée de la nuit. Ce que ça change à ce que vous installez.
Par JM, ancien gendarme, OPJ et correspondant sûreté Relu en
Mis à jour le
La prévention des cambriolages est organisée autour des vacances d’été. Le dispositif de la gendarmerie et de la police s’appelle même Opération Tranquillité Vacances. Les articles sortent en juin, les conseils parlent de valise, de volets fermés pendant trois semaines et de voisin qui relève le courrier.
Ce n’est pas la période que j’ai vue la plus chargée.
La saison la plus chargée n’était pas l’été
Constaté sur le terrain
Nos plus grands nombres de cambriolage, c’était l’hiver. Notamment quand il fait nuit à dix-sept heures et que les gens sont encore au travail : les auteurs passent avant que les occupants rentrent. Il y a aussi la période de Noël, avec les cadeaux déjà achetés et la nuit qui reste longtemps.
Rien de mystérieux là-dedans. Deux conditions se superposent en hiver et seulement en hiver : l’obscurité arrive avant le retour des occupants, et elle dure. Une maison éteinte à dix-sept heures en juillet ne dit rien de particulier, il fait encore grand jour. La même maison éteinte à dix-sept heures en janvier se lit depuis la rue.
Noël ajoute la seule chose qui manquait : de la valeur, déjà achetée, déjà rangée, et dont tout le monde sait qu’elle est là.
Je précise tout de suite ce que cette page ne fait pas. Je vous donne ce que j’ai constaté dans un secteur, pendant mon service. Ce n’est pas une mesure nationale, et vous verrez plus bas pourquoi je ne vous en donne pas.
L’heure compte plus que la saison
C’est le point que la question de la saison masque. Ce qui décide n’est pas le mois : c’est le moment de la journée où votre logement est vide et où cela se voit.
Cette fenêtre-là, c’est la journée de travail. Pas la nuit profonde, où les gens sont chez eux et dorment derrière des ouvertures fermées.
Constaté sur le terrain
Nous avons interpellé des auteurs qui avaient enchaîné une dizaine de logements dans la même journée, d’une seule sortie continue, du matin jusqu’à l’interpellation en milieu d’après-midi. Je ne peux pas être plus précis, je reste tenu au secret de l’enquête.
Une dizaine de logements entre le matin et le milieu de l’après-midi, cela donne la mesure du temps passé dans chacun. Cela dit aussi que la série suit la disponibilité des logements, pas un horaire choisi pour être discret.
Ce qui décide n’est pas un calendrier
On lit partout que les cambrioleurs observent une maison pendant des jours, notent les horaires, marquent les boîtes aux lettres. Ce n’est pas ce que j’ai rencontré.
Constaté sur le terrain
Je n’ai eu que des cambriolages d’opportunité, ou des séries. Je n’ai jamais eu de mis en cause ayant fait du repérage préparé.
C’est une absence de constat, et je la donne comme telle : elle vaut pour les affaires que j’ai traitées, pas pour la France entière. Mais elle change la façon de lire la question de cette page. Si personne n’a préparé sa visite, alors le « quand » n’est pas le résultat d’un plan. C’est simplement le moment où votre logement dit qu’il est vide, à quelqu’un qui passait dans la rue.
L’enquête de l’ONDRP distingue d’ailleurs trois étapes dans un cambriolage — être ciblé, puis l’entrée, puis le vol — et c’est à la première que tout se joue ici. Ces estimations proviennent d’une étude observationnelle publiée en 2016 à partir de données 2007-2015 : elles montrent une association statistique, pas une garantie individuelle.
Ce que je ne peux pas vous donner
Un chiffre de saisonnalité.
Le service statistique du ministère de l’Intérieur publie des séries mensuelles, et c’est là que se trouverait la réponse mesurée à la question posée par le titre de cette page. Je n’ai pas pu les ouvrir, et je ne vais pas vous donner un pourcentage lu ailleurs.
Ce que je peux dater, en revanche : le bilan statistique de l’année 2025, publié le 9 juillet 2026, indique des cambriolages de logement en baisse de 3 % sur un an. C’est une tendance annuelle, pas une répartition dans l’année, et elle ne répond donc pas à la question de la saison.
Ce que ça change chez vous
Si vous ne deviez retenir qu’une conséquence pratique, ce serait celle-ci : une mesure qui ne sert qu’au mois d’août sert un douzième de l’année.
Le réflexe de tout faire avant de partir en vacances est bon, mais il laisse onze mois découverts, dont les plus chargés. Regardez plutôt ce qui tient un mardi de janvier à dix-huit heures, quand la maison est éteinte depuis une heure et que personne n’est encore rentré :
- Une ouverture qui résiste plus longtemps que la patience de quelqu’un qui passait par là. C’est le point faible de votre logement qu’il faut trouver d’abord, et il n’est pas le même chez tout le monde — le guide en 4 étapes vous fait faire ce tour.
- Quelque chose qui détecte. C’est ce que l’étude classe le mieux, et ce qu’on installe le moins — les systèmes anti-intrusion.
- Un logement qui ne signale pas qu’il est vide à dix-sept heures. Un éclairage intérieur qui s’allume au bon moment coûte quelques euros et traite exactement la fenêtre dont parle cette page — simuler une présence.
Et si vous partez quand même cet été, la page qui traite l’absence longue est protéger sa maison pendant les vacances. Elle dit la même chose que celle-ci sur la saison, et le reste sur le départ.
Les réponses à vos questions
Y a-t-il plus de cambriolages en été ou en hiver ?
Toute la prévention est organisée autour de l'été, et pourtant les plus fortes périodes que j'ai connues en gendarmerie étaient en hiver. La raison est mécanique : la nuit tombe à dix-sept heures, les occupants sont encore au travail, et une maison éteinte à cette heure-là se repère de la rue. La période de Noël s'y ajoute. Je précise que c'est ce que j'ai vu passer dans mon secteur, et non une statistique nationale.
À quelle heure les cambriolages ont-ils lieu ?
La fenêtre est la journée, pas la nuit profonde. Les auteurs passent pendant que le logement est vide, c'est-à-dire aux heures de travail et d'école. Nous avons interpellé des auteurs qui avaient enchaîné une dizaine de logements dans la même journée, d'une seule sortie, du matin au milieu de l'après-midi.
Les cambrioleurs repèrent-ils les maisons à l'avance ?
Pas dans les affaires que j'ai traitées. Je n'ai eu que des cambriolages d'opportunité ou des séries, et jamais de mis en cause ayant procédé à un repérage préparé. C'est une absence de constat, pas une preuve que cela n'existe nulle part — mais tout le secteur affirme l'inverse, et je ne l'ai pas vu.
Faut-il se protéger différemment selon la saison ?
Non, et c'est justement l'intérêt de la question. Une mesure qui ne sert qu'au mois d'août sert un douzième de l'année. Ce qui tient un mardi de janvier à dix-huit heures, quand la maison est éteinte et que personne n'est rentré, tient aussi le reste du temps : une ouverture difficile à forcer, quelque chose qui détecte, et un logement qui n'a pas l'air vide.
Sources
- Insécurité et délinquance en 2025 : bilan statistique et atlas départemental
- Le rôle des éléments de sécurité face aux cambriolages — Grand Angle n° 40
Les estimations chiffrées de cette page proviennent d'une étude observationnelle publiée en 2016 à partir de données 2007-2015. Elles montrent une association statistique, pas une garantie individuelle.